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Iran : quatre voix de femmes pour dire vrai

par Hanna Kay
11.03.2026

La littérature dit ce que la politique laisse de côté : la sensibilité, la mémoire, la vie. Place à la voix des femmes à travers ces quatre ouvrages qui nous ont touché au cœur. Journalistes,  témoins ou anciennes prisonnières de régimes islamistes, elles racontent ce qu’elles ont vécu.  Delphine Minoui, grande reporter franco-iranienne au Figaro, entre dans le quotidien iranien. Ses contradictions, ses silences, et cette beauté profonde d’un pays et de son peuple. Aliyeh Ataei, écrivaine irano-afghane décrit l’exil et ses déchirures. Massoumeh Raouf, ancienne journaliste iranienne devenue prisonnière politique du régime des mollahs, raconte une mère, une femme dont le combat pour la liberté a coûté la vie de ses quatre enfants. Puis, Annemarie Schwarzenbach, années 1930-40, grande reporter elle-aussi, dont la liberté, le regard et le goût du monde nous font indéniablement penser à Joseph Kessel au féminin.

O mères d’Iran de Massoumeh  Raouf, Février 2026

L’histoire est si dure qu’on hésite à la croire. Et pourtant elle est vraie. Fatemeh Eslami, que l’on appelle « Mère Ebrahimpour », est encore en vie. Elle a perdu quatre enfants, un gendre et son mari dans la lutte contre le régime islamique. C’est ce destin que raconte Massoumeh Raouf dans son troisième livre. Journaliste elle aussi, arrêtée en 1981 en Iran, condamnée à vingt ans de prison, elle s’évade après huit mois et s’exile en France. Son écriture est simple. Presque nue. Pas de pathos. Malgré l’horreur. Elle se glisse dans la voix de Fatemeh Eslami et écrit « je », comme si la parole revenait du silence. Une mère dans les montagnes, la résistance, les larmes, la foi. Et derrière cette vie, toute l’histoire d’un pays. Le renversement d’un des seuls espoirs démocratiques, Mossadegh, par les américains en 1950, la monarchie du shah et les vagues d’arrestations des opposants dans les années 70 par la savak (la police secrète du shah),  les assassinats de tous ceux qui osaient penser à la liberté après l’instauration du régime des mollahs suite à la révolution de 1979, la cruauté inimaginable des Gardiens de la révolution, le massacre de 1988 où il est rappelé que plus de 30000 prisonniers politiques furent exécutés…Le mot martyr change de sens. Non plus mourir pour une religion, mourir pour la liberté. On comprend aussi que chaque famille iranienne porte cette mémoire. Un frère disparu. Un père torturé. Une mère qui attend. La révolution de 1979 leur a été volée. Peut-être que celle qui vient leur rendra enfin ce qui leur a été pris. Le livre avance ainsi. Une vie. Une douleur. Une obstination. Et ces mots qui résonnent longtemps après la dernière page. « Ce que vous faites aujourd’hui, ce que vous vous apprêtez à accomplir, c’est plus qu’un acte de rebellion. C’est un acte de foi. Une foi en un futur meilleur, un futur où aucun enfant ne sera arraché à sa mère à cause d’un régime oppressif, où aucune mère ne pleurera la perte de ses fils parce qu’ils auront osé rêver d’un monde plus juste. »

Je vous écris de Téhéran, de Delphine Minoui, mars 2016

Delphine Minoui est grande reporter franco-iranienne au Figaro. Elle raconte ses années vécues à Téhéran 1997 à 2009. Quand son grand-père décède, elle décide d’aller à la rencontre de son héritage culturel et lui dédie ce livre, telle une lettre posthume.  Elle revient vers l’Iran comme on revient vers une part de son enfance.  Les glaces à la rose. Les arbres en fleurs. Les vacances familiales. Lorsqu’elle décide de passer du temps à Téhéran, c’est le moment l’élection de Khatami, qui incarne  l’espoir d’une ouverture et d’une démocratie. « Iran is in love again ». L’illusion sera brève. Elle raconte avec profondeur et délicatesse dans l’écriture, ses rencontres, ses amitiés nouvelles.  Sepideh, qui lit Habermas et Hannah Arendt en persan, et lui  dit simplement « tu ne peux pas comprendre ». La phrase dit tout. La vie sous un régime autoritaire ne se commente pas depuis une démocratie. Alors la journaliste regarde. Écoute. Entre dans la ville réelle. Téhéran underground. Les appartements fermés où l’on boit de l’arak ou du champagne. Les mini-jupes qui ressortent. Une jeunesse cultivée, espiègle, vivante, courageuse. Les destins qui bougent. Baghi par exemple. Ancien partisan de Khomeyni en 1979. La guerre Iran-Irak passe, ses certitudes tombent. Il devient opposant politique. Rien n’est figé. Plus au sud, le golfe persique. Bandar Abbas, Bouchehr. L’Iran aux influences africaines. D’autres musiques. D’autres mémoires. Puis 1999. Les tensions politiques qui remontent. Les étudiants descendent dans la rue. « Mort à Khamenei ». La presse est muselée. Le despotisme religieux revient. Niloufar, son amie, une femme libre, arrêtée à la prison Tohid puis Evin, subit la « torture blanche » sous une lumière aveuglante, méthode terrifiante pour forcer aux aveux. Son seul crime ? le désir de liberté. 2005 Ahmadinejad, «l’Iran repeint en noir », les arrestations systématisées, la prison, la peine de mort.  Delphine Minoui ne donne pas de leçons. Elle observe. Elle nuance. Elle interroge les mots. Islam. Modernité. État. Religion. Liberté. Femme. Elle écoute les religieux comme les laïques. Et au loin, dans les maisons, résonne la voix de Googoosh, chanteuse pop star avant la révolution, puis  interdite en son pays. Alors apparaît l’Iran réel. Contradictoire. Écorché. Fier. Courageux. Insoumis. Et  bouleversant.

La frontières des oubliés, d’Aliyeh Ataei, 2023

Neuf récits. Neuf fragments de vie. Aliyeh Ataei est née sur une ligne. Celle qui sépare l’Iran de l’Afghanistan. Une frontière où l’on n’est jamais tout à fait d’un côté, jamais tout à fait de l’autre. « Elle est là, debout aux confins de l’amour et de la haine entre deux terres, deux pays qui, jadis, étaient un même territoire, une même histoire, une même langue. Mais plus maintenant. » L’exil commence là. Dès l’enfance. Une vie posée au bord de la frontière, au bord de l’abîme.  Elle raconte ses bouts de vie en neuf histoires différentes, comme une mémoire fragmentée où les souvenirs trop douloureux laissent des black-out, des moments où l’on ne se souvient plus. Le voyage à travers l’Iran pour le soigner. La fatigue des routes. La pauvreté. Elle parle de la douleur, de l’amour aussi, du déracinement qui s’installe partout. Et puis il y a les femmes. Les oubliées. « Ces femmes tuées sans jamais effleurer la moindre liberté, qui perdirent la vie durant ces cinquante années de tumulte en Afghanistan. » À la fin du livre, l’auteure se rend dans un cimetière. Elle marche entre les tombes de celles et ceux qu’elle a racontés, à qui elle a redonné corps par les mots.

La mort en perse, Annemarie Schwarzenbach, récit écrit en 1935

Roger Martin du Gard la décrivait comme un « ange inconsolable ». Elle est née en 1908. Elle meurt en 1942, à 34 ans. Entre les deux, le monde. Elle le traverse. Elle regarde. Elle écrit. Sa famille suisse soutient Hitler. Elle choisit l’éloignement, la lutte contre le nazisme. Paris. Moscou. Et surtout la Perse. Découverte en 1932, elle y reviendra quatre fois en six ans. Elle note tout. Les rues de Téhéran, les jardins, les odeurs, Qom, Ispahan, Bouchehr, Persépolis, les jardins de Shiraz. Les années 30.  Les montagnes. Les fumeurs d’opium. Les gardiens de chevaux du shah. Les haltes. Les rencontres. Les amours impossibles. Le mouvement, toujours. Elle ne décrit jamais les visages, mais les paysages et les mouvements.  La vallée du Lahr devient campement. « La vallée heureuse ». Elle regarde la Perse de 1935 avec une attention presque fiévreuse. Une beauté qui semble hors du temps. Être ailleurs la ramène à elle-même. Pourquoi écrire. Pourquoi partir. La question traverse le livre. Elle est proche des enfants de Thomas Mann. Pendant qu’elle monte ces montagnes à dos de mulet, l’Europe glisse ailleurs. Les valeurs humanistes s’effondrent. Le nazisme gagne du terrain. Alors les paysages deviennent autre chose : une respiration, un lieu pour penser. Regarder la Perse d’avant. Comme un miroir posé devant le monde.

 

Notre dossier Iran

Visuel :© O mères d’Iran de Massoumeh  Raouf