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Iouri Possokhov : « Il était interdit de parler de Noureev, son nom a été effacé »

par Maria Sidelnikova
26.03.2026

Cult News a pu échanger avec Iouri Possokhov, chorégraphe en résidence au San Francisco Ballet, à l’occasion de la nouvelle vie du ballet « Noureev » au Staatsballett Berlin. Créé en 2017 au Bolchoï sous la direction de Kirill Serebrennikov, ce spectacle, banni en Russie pour « propagande LGBT+ », célèbre la liberté et le génie de Rudolf Noureev. Possokhov revient sur la genèse de l’œuvre, son adaptation européenne et l’héritage d’un artiste hors norme.

Banni en Russie, « Noureev » a entamé une nouvelle vie en Europe. Mis en scène par Kirill Serebrennikov, chorégraphié par Iouri Possokhov, sur une musique d’Ilia Demoutski, ce ballet dédié à Rudolf Noureev a trouvé une nouvelle scène au Staatsballett Berlin, où la première a été donnée ce samedi et retransmise en direct sur Arte (en replay le 11 avril).

Rappelons son histoire. La création mondiale de « Noureev » a eu lieu en décembre 2017 au Théâtre Bolchoï. Le metteur en scène Kirill Serebrennikov, alors assigné à résidence, contrôlait à distance le déroulement des répétitions et n’a pas pu assister à la première. Il était alors accusé de détournement de fonds publics alloués à la production de spectacles. Serebrennikov n’a pas reconnu sa culpabilité. Après la levée partielle des accusations en mars 2022, il a quitté la Russie.

À la suite de la première, les représentations de « Noureev » ont repris en mai 2018. En 2019, le ballet a reçu le « Masque d’or », la récompense théâtrale la plus prestigieuse en Russie, pour le meilleur spectacle chorégraphique de la saison. En 2023, la direction du Théâtre Bolchoï a annoncé son retrait du répertoire, invoquant sa non-conformité avec la nouvelle législation russe interdisant la « propagande des valeurs sexuelles non traditionnelles ».

Iouri Possokhov, chorégraphe en résidence au San Francisco Ballet, évoque les péripéties de Noureev sur scène et dans la vie, dans un entretien avec Maria Sidelnikova.

 

Comment «Noureev» s’est-il retrouvé au Staatsballett Berlin ?

 

Quand nous avons créé «Noureev» au Théâtre Bolchoï en 2017, le directeur général était Vladimir Urin – un homme d’une immense culture. Il invitait les meilleurs chorégraphes du monde, le théâtre était au cœur de la vie culturelle internationale et justifiait pleinement son nom (Bolchoï – Grand en Russe). Nous avons travaillé sur «Noureev» dans une liberté absolue, sans aucune pression.

À la même époque, Christian Spuck (aujourd’hui directeur artistique du Staatsballett Berlin) préparait son propre spectacle. Il avait vu mes balles « Un héros de notre temps» et «Noureev», mais nous ne nous connaissions pas encore.

Je me souviens qu’il m’a croisé dans un couloir, m’a serré dans ses bras, m’a félicité et m’a dit qu’il était profondément touché. Puis, il s’est passé ce qui s’est passé. Et soudain – il y a un an – un appel de Berlin. Christian m’a dit : « Je ne veux pas que ce spectacle soit oublié – ni pour toi, ni pour Kirill. » Au début, je n’y ai pas cru. Je pensais que Noureev ne reviendrait jamais sur scène. Mais tout s’est finalement concrétisé, et je lui en suis infiniment reconnaissant.

La version berlinoise diffère-t-elle de celle de Moscou ?

 

Pas vraiment. Tout s’est très naturellement adapté aux danseurs du Staatsballett. J’ai ajouté quelques éléments, mais je n’ai rien retiré : le spectacle est présenté tel quel, avec les mêmes décors et les mêmes costumes. Et pourtant, la sensation est étrange – comme si c’était déjà un autre spectacle. Nous vivons dans un autre monde.
Les artistes, eux aussi, sont différents. Par exemple, le remarquable danseur brésilien David Soares, issu du Théâtre Bolchoï : à Moscou, il dansait d’autres rôles, mais faisait partie de la distribution de répétition de «Noureev» ; ici, il interprète le rôle-titre dans la première distribution. C’est mon lien avec le passé. Malgré plus de trente ans d’écart, nous avons tous les deux étés formés par le même pédagogue — Vladimir Leonidovitch Nikonov.

Peut-on qualifier ce ballet de biographique ?

 

 

Pas tout à fait. Un ballet n’est pas un livre : il est impossible de tout y raconter. Nous avons choisi des scènes-éclairs qui traduisent le caractère de Noureev : le professionnalisme, l’impulsivité, la solitude, l’amour – et surtout la force intérieure et la soif de liberté qui l’ont toujours animé.

Comment avez-vous sélectionné les épisodes de sa vie ?

 

Nous partons de la période soviétique : l’enfance, les danses patriotiques, l’École Vaganova. Puis vient le saut vers la liberté : Paris, le Bois de Boulogne avec des travestis, la relation avec Erik Bruhn.
C’est, si je comprends bien, pour cela que le spectacle a été interdit et retiré du répertoire du Bolchoï. Toute la vie de Noureev, en somme, ne correspond pas aux valeurs et aux lois russes actuelles. Mais, que nous le voulions ou non, c’est un phénomène naturel. Comme si interdire d’en parler pouvait effacer son existence.

 

Comment s’est déroulé votre travail avec Kirill Serebrennikov ? Quel cadre créatif vous a-t-il proposé ? Est-il intervenu dans la chorégraphie ?

 

Avec Kirill Serebrennikov, il est assez facile de travailler. Nous n’avons jamais eu de conflits. Il n’intervient pas dans la chorégraphie, il me fait confiance. Mais ses souhaits ont toujours été importants pour moi, et j’en ai tenu compte. Nous avons déjà travaillé ensemble sur « Un héros de notre temps », et au début il avait certaines exigences, puis je pense qu’il a compris que j’étais sur mon propre terrain et que j’y étais à l’aise.
Nous avons également défini notre méthode de travail à cette époque. Avec Kirill et le compositeur Ilya Demutsky, nous commençons tous ensemble : nous finalisons le livret, nous répartissons les scènes, puis chacun poursuit son travail de son côté. Kirill n’intervient qu’au moment de l’assemblage, lorsque les matériaux sont déjà prêts.

 

Qu’est-ce qui a été le plus important pour vous dans ce spectacle ?

 

S’éloigner du simple ballet : si nous l’avions fait, il aurait inévitablement suivi un chemin prévisible. Noureev exigeait une autre forme de pensée – une approche qui renverse les perspectives habituelles.
Kirill Serebrennikov est une personnalité singulière, et ses choix dans ce spectacle sont véritablement phénoménaux : ces chœurs – tantôt soviétiques, tantôt à la Louis XIV. Travailler avec lui m’a permis de transformer également la chorégraphie – de sortir des limites du langage habituel.

Vous êtes un élève de l’école de Moscou, mais vous vous êtes formé comme chorégraphe en Occident…
J’ai évidemment un mélange d’écoles. Toute ma vie, j’ai rêvé de m’éloigner de cette musicalité « obligatoire », de l’héritage soviétique. Mais l’école reste l’école – on ne peut pas s’en détacher. Il m’est donc plus facile de combiner que de rejeter. Et aujourd’hui, je comprends que c’est un vrai atout : une sorte de mariage de traditions – russe, danoise et américaine – que j’ai toutes réunies. Cela forme une alliance intéressante.

Le phénomène Noureev relève-t-il de sa nature ou plutôt de l’effet du carcan soviétique, selon vous ?

 

On peut tout expliquer par le carcan soviétique, mais je pense qu’il est question de sa nature, de son caractère. Il n’y avait rien de soviétique en lui – au contraire, il cherchait à s’en débarrasser. Même s’il était né au Danemark ou ailleurs, il aurait, avec la même ardeur et la même énergie, poursuivi sa propre voie.

 

Existe-t-il aujourd’hui, selon vous, des artistes de cette envergure ?

 

Aujourd’hui, le niveau des danseurs est incroyable – la technique a énormément progressé. En partie grâce à Rudolf Noureev, mais de plus en plus grâce aux progrès techniques. Aujourd’hui, un danseur de corps de ballet peut faire ce qu’autrefois même les principaux solistes ne pouvaient pas accomplir. À notre époque, nous n’avions pas un tel accès à l’information. Nous vivions de ce que nous voyions en cours en salle, alors qu’aujourd’hui les artistes peuvent tout apprendre grâce aux vidéos. Mais il y a peu de personnalités. Des figures dont on pourrait dire qu’elles incarnent le génie, je n’en vois pas malheureusement aujourd’hui.
On n’a pas immédiatement parlé de Rudolf Noureev en ces termes ; au moment de son départ de l’Opéra de Paris, il était encore loin de faire l’unanimité et de susciter l’admiration.

Bien sûr. Tout mythe a besoin de temps pour mûrir. Mais il ne faut pas oublier la génération qu’il a formée : Manuel Legris, Laurent Hilaire, Charles Jude, Nicolas Le Riche, Isabelle Guérin, Sylvie Guillem, Élisabeth Platel, Monique Loudières. Lorsqu’ils sont venus au Bolchoï, nous les regardions bouche bée, totalement surpris de découvrir des artistes d’une telle beauté.

Que pensez-vous de sa chorégraphie ?

 

J’ai regardé attentivement tous ses spectacles. Et je comprends qu’aujourd’hui, il serait impossible de chorégraphier de cette manière : le texte est trop dense, trop de mouvements par temps musical, trop de suractivité. Mais ce n’est pas seulement de la chorégraphie, c’est sa nature. Tout en lui bouillonnait et se déversait sur la scène. Il était explosif, libre, sans retenue. Et en même temps, il possédait une capacité de travail colossale : il pouvait danser tous les jours, parfois deux spectacles dans la même journée. Vous imaginez l’énergie que cela demande ? Et il lui restait encore la force de vivre, de sortir, d’être présent dans le monde social. Un être unique, insaisissable.

 

Avez-vous déjà eu l’occasion de le rencontrer ?

 

Une fois. Le Bolchoï était en tournée à Vienne, et avant notre spectacle il y avait une représentation de Roudolf Noureev. J’avais réussi, par tous les moyens possibles, à me faufiler en coulisses – on pouvait se tenir juste au bord de la scène.

Nous étions là, à regarder. Soudain, il s’arrête, s’approche, me regarde droit dans les yeux et fait un geste que je ne répéterai pas. Mais je l’ai retenu toute ma vie et je l’ai ensuite utilisé dans un ballet. Pour lui, c’était naturel : toute sa vie était faite de ce genre d’éclairs.

 

Avez-vous eu envie à l’époque de « sauter vers la liberté » ?

 

Non. J’ai toujours aimé Moscou. Et aujourd’hui encore, je ne peux pas vivre sans Moscou ni sans Saint-Pétersbourg, même si j’habite à San Francisco. Mon départ du Bolchoï a été une décision consciente – j’ai signé un contrat avec le Ballet royal du Danemark en 1992 – mais ce n’était pas un saut vers la liberté, c’était un saut professionnel.

Votre carrière artistique au Bolchoï a coïncidé avec les années où Noureev dirigeait l’Opéra. Que saviez-vous de lui à cette époque ?

 

Au début, rien. Il était interdit d’en parler. Ensuite, lors des tournées, j’ai commencé à découvrir : Noureev, Baryshnikov, Panov. Je me faufilais dans les librairies, je feuilletais des livres sous le manteau. C’est ainsi que j’ai vu pour la première fois les photos de Natalia Makarova, avec qui nous sommes aujourd’hui très amis. Aujourd’hui, quand on parle de l’influence de Roudolf Noureev sur le ballet mondial avec des gens de l’époque soviétique, beaucoup ne comprennent tout simplement pas de quoi il s’agit – son nom était alors effacé.

 

Qu’est-ce que vous avez découvert de nouveau chez cet homme en travaillant sur « Noureev » ?

 

Pour moi, l’essentiel a été de voir comment Noureev avait construit sa vie – comment il la conquérait, jour après jour, de la même manière qu’il conquérait tout le reste. Pour moi, en tant que professionnel, cela s’est révélé encore plus important que son individualisme. Je remarque moi-même que je le perds parfois en moi. Autour de soi, il y a des lois, des règles, et on s’y soumet. Ce n’est pas, bien sûr, une dégradation, mais on est obligé de s’adapter aux circonstances. Lui, en revanche, ne s’adaptait jamais. Et c’est précisément cela, pour moi, le véritable héroïsme – aller à contre-courant de tout. Il ne craignait rien. Je n’ai évidemment pas sa liberté, mais je ne peux pas non plus hocher la tête à tout et me trahir moi même. Je préfère partir.

Visuels :  portrait photo of Yuri Possokhov by© Lindsy Rallo, San Francisco Ballet

Et ©Carlo Quezada