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Hanieh Delecroix : « Je n’ai pas le droit de me taire quand cette jeunesse dans la rue risque sa vie au nom de ma liberté »

par Hanna Kay
14.01.2026

En Iran, après cinq jours de communications coupées, le bilan de la répression est  vertigineux (plus de 12000 morts selon certaines ONG et Iran International). Dans les rues, la jeunesse continue de se lever, chaque jour avec un courage inouï, contre un régime qui tue pour faire taire. Dans les prisons, les exécutions arbitraires des voix dissidentes sont à craindre dans ces prochains jours. Cette révolte a besoin d’échos, au-delà des frontières. Hanieh Delecroix a longtemps travaillé avec les mots : psychologue clinicienne spécialisée dans le traumatisme, elle a appris à écouter ce qui se répète quand tout se fracture. Devenue peintre, elle transforme cette répétition en motifs et est la première à avoir affiché dans les institutions françaises le nom de Mahsa Amini, assassinée en 2022, devenue symbole du mouvement Femme, vie, liberté. Une rencontre où l’art, loin du commentaire, devient acte. Sa dernière œuvre inédite représente magnifiquement la femme libre, inspirée du tableau  Gabrielle à la chemise ouverte de Renoir, détenu dans la collection cachée du Musée d’art moderne de Téhéran.

Transformer la violence en tendresse

Hanieh Delecroix nous accueille chaleureusement chez elle, dans cet espace qui est à la fois son lieu de vie et son atelier. Ici, tout semble naître d’un double ancrage : Téhéran et Paris, l’intime et le politique, la clinique et la peinture, le trauma et la couleur. Si son œuvre est traversée de motifs répétitifs, ce n’est pas un style, c’est une structure intérieure. « La répétition est le symbole du traumatisme », dit-elle, comme on donne une clé. Son art n’est pas une fuite : c’est un retour obstiné.  Elle travaille sur un papier fragile — fragile comme une peau. Et la peau, précisément, devient l’un de ses grands sujets. « La peau vous protège de l’autre et de vous-même, mais elle permet aussi d’échanger. Cette peau interagit, cette peau qui est sensuelle », dit-elle. Chez elle, tout passe par ce seuil : ce qui sépare et ce qui relie. Rien n’est laissé au hasard, surtout pas les couleurs. Noir, bleu, blanc : une grammaire, presque une cartographie. Le noir pour la nuit intérieure, avec une expression iranienne qu’elle aime citer : « Il n’y a pas plus sombre que le noir ». Le bleu, en contrepoint, comme une réponse, une lumière, un lien possible. Le bleu du lapis-lazuli de Perse, et celui, aussi, de la France : deux pays dans une même nuance, comme si la couleur pouvait, à elle seule, tenir ensemble ce que l’Histoire a séparé.

Artiste  franco-iranienne, elle arrive en France à l’âge de trois ans, en 1978. Ses parents n’étaient pas partis pour toujours, ils comptaient juste passer quelques mois en France.  Ils n’ont simplement pas pu revenir. L’Histoire a verrouillé la porte, la Révolution de 1979 a éclaté. L’exil forcé. « Quand je retournais parfois en Iran, j’étais la petite Française. Et ici, je suis toujours la petite Iranienne », raconte-t-elle. « Je suis tout le temps entre deux chaises » . Cette phrase résume toute une vie : l’identité comme un entre-deux. Et l’appartenance comme une question qui ne se résout pas, « une vie d’exil, d’arrachement, avec ce que l’on porte dont on ne parle pas », nous confie-t-elle.

Le soin avant l’art : «j’ai choisi la parole»

Avant de peindre, elle écoute. Longtemps. Elle est psychologue clinicienne pendant plus de quinze ans, enseignante à l’université,  spécialisée dans la question du traumatisme. « J’ai d’abord choisi la parole plutôt que l’image », dit-elle. En clinique, elle s’intéresse à la fragilité là où on ne l’attend pas, aux malades mais aussi aux aidants. Dans un service d’insuffisance rénale terminale , elle observe ceux qu’on laisse dans un coin, ceux qui attendent leur conjoint en salle d’attente. Ces aidants dans l’ombre que l’on oublie souvent la touchent. Une sensibilité à fleur de peau, sa sensibilité d’artiste.  Elle en fait son sujet de thèse. Et puis, il y a cette journée de novembre 2015, au lendemain du Bataclan. Hanieh Delecroix intervient en soutien aux équipes à l’Hôtel-Dieu. Elle prend en charge des victimes traumatisées pendant des heures, sans pause — une forme de choc secondaire, une violence absorbée, contre la jeunesse, encore. Elle en parle peu. Mais elle dit l’essentiel : après cela, les mots ne suffisent plus.

«Je ne me suis pas reconvertie : j’ai continué autrement»

Vers 2019-2020, elle quitte progressivement son activité de psychologue pour se consacrer entièrement à la création. Ce n’est pas un revirement, c’est un déplacement. Car l’art, chez elle, garde quelque chose du soin : la rigueur, la précision, l’attention aux traces. Une obsession aussi : faire exister ce qui est caché, mis sous silence ou effacé.

Septembre 2022. L’Iran bascule. Le nom de Mahsa Amini traverse les frontières, Une jeune femme assassinée pour “mal porter” son voile. Une mort qui devient une étincelle. Un mouvement qui monte : « Femme, vie, liberté ».Hanieh Delecroix, elle, ne cherche pas de “bonne distance”. Elle dit la nécessité brute : « Je n’ai pas le droit de me taire quand ces enfants dans la rue risquent leur vie au nom de ma liberté. » Son émotion est politique, mais sans posture. Et surtout, sans appropriation. Elle insiste sur un point : elle ne vit pas en Iran. Elle ne veut pas parler à la place des iraniens qui vivent sous le joug de ce régime. Elle veut transmettre. Amplifier, porter la voix.

Le hashtag : l’art comme acte immédiat

Elle crée alors une œuvre simple, directe, presque brutale de lisibilité : #MahsaAmini. Elle raconte : « J’ai voulu effacer mes codes de noir et de bleu : je voulais que ce soit universel et toucher la jeunesse. » Le hashtag n’est pas un gadget. C’est une langue. Une façon d’entrer dans le flux contemporain. Elle est la première à faire circuler ce nom dans les institutions françaises, là où le politique est parfois poli, neutralisé, empaqueté.

Son installation est présentée au Palais de Tokyo dès le 22 septembre 2022. Puis elle circule : universités, musées, lieux de savoir. Et elle résume ce geste d’un mot : « insister». Elle cherche une façon de s’adresser à tous, de porter la voix de cet Iran emprisonné. Elle rend hommage à cette jeunesse si courageuse pour défendre sa liberté.  Dans sa famille, la voix continue dans la génération suivante. Son fils Alexan, étudiant aux Gobelins, crée des animations en soutien au mouvement Femme, Vie, Liberté. Hanieh Delecroix raconte aussi cette douleur transmise : « Avec les évènements, mes enfants voient leur maman pleurer devant leur téléphone, comme moi je voyais mes parents pleurer devant la télé quand ils suivaient la révolution de 1979.»

Tenderness will save us all.

Elle refuse le confort moral. Elle cherche l’impact vrai. Elle formule une évidence qui sonne comme un appel : « Quand le droit d’une femme est bafoué en Iran, c’est celui de toutes les femmes du monde qui l’est aussi.»Dans son œuvre, la tendresse s’oppose à la violence comme un choix psychique. Un refus du cynisme. Un refus de se laisser dévorer. Elle écrit : Tenderness will save us all. Et elle précise : il ne s’agit pas d’optimisme. Il s’agit d’une idée très psychanalytique : la tendresse comme capacité de lien, comme force de réparation. Dans un autre travail, elle s’inspire d’une œuvre de Renoir conservée au Musée d’art moderne de Téhéran — une toile inaccessible, cachée, rendue invisible par un régime qui interdit les corps. Elle inscrit alors ces mots : « La beauté reste. » Ce n’est pas un slogan esthétique. C’est une phrase de résistance. Comme si le beau devenait une ligne de survie. Une chose qu’on ne peut pas entièrement confisquer. À l’entendre, on comprend que la tendresse n’est pas l’envers de la lutte. Elle en est la condition. La tendresse, c’est ce qui évite que le combat n’avale tout. C’est ce qui empêche la haine de devenir une identité.

Hanieh Delecroix ne peint pas l’Iran comme un sujet. Elle le peint comme une cicatrice et une promesse. Elle dit le noir. Elle insiste sur le bleu. En octobre 2026, une exposition est prévue au British Museum à Londres. Comme une confirmation : cette œuvre née d’un arrachement intime et d’une insurrection collective a désormais la puissance des grandes trajectoires.  Et pourtant l’artiste le rappelle : la vraie scène, la scène absolue, reste ailleurs. Dans un pays où l’on risque sa vie pour montrer ses cheveux, pour chanter, pour danser, pour dire “non”.

À lire : notre dossier Iran

Visuel :© Hanieh Delecroix, Série Asheg Acrylique sur papier 189x98cm, 2024