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Frederick Wiseman, l’œil qui auscultait le pouvoir

par Kenza Boumahdi
17.02.2026

Le 16 février, Frederick Wiseman s’est éteint à 96 ans, laissant derrière lui une œuvre monumentale et profondément engagée, un cinéma d’observation qui, sans slogans ni effets spectaculaires, révélait avec une précision presque chirurgicale les rouages du pouvoir et les failles de nos institutions, en faisant du simple fait de regarder un geste politique à part entière.

Pendant près de soixante ans, il n’a cessé de filmer les institutions qui organisent nos vies, des prisons aux hôpitaux, des lycées aux tribunaux pour mineurs, des casernes aux grandes maisons culturelles, jusqu’aux cuisines d’un restaurant trois étoiles dans Menus-Plaisirs, les Troisgros en 2023, comme si rien de ce qui structure le monde commun ne devait échapper à la caméra. Ce qui frappe, en repensant à son œuvre, ce n’est pas seulement son ampleur : quarante-cinq films, souvent très longs, parfois vertigineux, mais la cohérence d’un geste resté intact depuis Titicut Follies en 1967, ce premier choc tourné dans un hôpital psychiatrique pour détenus criminels, où l’on comprenait déjà que Wiseman ne jugerait jamais à notre place.

 

Filmer sans commenter, laisser le réel parler

 

Il filmait sans voix off, sans musique ajoutée, sans interviews face caméra, laissant les situations se déployer, les silences s’installer, les contradictions apparaître d’elles-mêmes, convaincu que le comportement humain, observé avec suffisamment d’attention, racontait mieux la société que n’importe quel discours. Ses films, montés à partir de centaines d’heures de rushs, ressemblaient à de vastes romans sociaux où l’on croisait tour à tour policiers, professeurs, médecins, travailleurs sociaux, artistes, étudiants, patients, chacun pris dans un système plus grand que lui, chacun révélant à sa manière les tensions d’un pays.

Il aura disséqué l’Amérique comme peu d’autres, jusqu’à filmer l’ère Trump dans Monrovia, Indiana, mais aussi traversé l’Atlantique pour poser sa caméra à la Comédie-Française, à l’Opéra de Paris ou à la National Gallery, élargissant son regard à des institutions culturelles qui, elles aussi, disent quelque chose du pouvoir, de la hiérarchie et du désir collectif. Son cinéma avait quelque chose de profondément démocratique, non pas parce qu’il proclamait des principes, mais parce qu’il accordait à chacun le temps d’exister à l’écran.

 

Une œuvre immense, une influence durable

Son influence dépasse largement le documentaire. Stanley Kubrick, Miloš Forman, Gus Van Sant ou Wes Anderson ont reconnu ce qu’ils lui devaient, et David Simon n’a jamais caché que The Wire devait beaucoup à cette manière d’observer les rouages d’une ville comme on explore un organisme vivant. Wiseman a reçu un Lion d’or à Venise, un Oscar d’honneur, le Carrosse d’or à Cannes, mais ces distinctions paraissent presque secondaires face à la force tranquille de son œuvre.

Avec sa disparition, ce n’est pas seulement un grand documentariste qui s’éteint, mais une manière exigeante de croire que le réel mérite du temps, de la rigueur et une confiance absolue dans la puissance des images.

 

©Affiche Titicut Follies