Directeur artistique de Séries Mania, Frédéric Lavigne compose chaque année la programmation du plus grand festival européen consacré aux séries. À l’occasion de cette nouvelle édition, il revient pour Cult sur les œuvres qui l’ont marqué, l’audace croissante de la création européenne et les récits qui interrogent notre époque.
Frédéric Lavigne : Directeur artistique de Séries Mania, c’est d’abord sélectionner les séries qui seront présentées au public pendant le festival. Mais ce n’est qu’une partie du travail. Il faut aussi imaginer les invités, organiser les rencontres, les masterclass, constituer les jurys.
Il y a également toute la dimension des événements autour des projections : conférences, discussions, évocations de carrière de grands invités. En réalité, c’est la responsabilité globale de tous les contenus qui composent le programme du festival.
Je travaille évidemment en concertation avec la directrice générale, et j’ai une équipe d’une demi-douzaine de personnes qui intervient sur les différentes parties de la programmation.

Anatomía de un instante
C’est toujours difficile de n’en choisir qu’une. Mais je pourrais citer une série espagnole qui s’appelle Anatomie d’un instant.
Elle revient sur une tentative de coup d’État militaire au début des années 1980, peu après la mort de Franco. C’est une série chorale qui se concentre notamment sur trois élus présents dans l’Assemblée lorsque les militaires arrivent et tirent. Ce sont les seuls qui ne se couchent pas au sol pour se protéger.
La série suit leurs trajectoires avant et après cet événement. C’est très brillant, assez politique, historique, mais aussi très accessible.

Camarades©AgatFilms Arte
Une autre série intéressante est Camarade, qui se déroule dans l’université expérimentale de Vincennes créée après Mai 68. On y voit une université autogérée où étudiants et professeurs se retrouvent presque sur un pied d’égalité. La série adopte un ton de comédie burlesque avec des personnages très hauts en couleur.

Dear Killer Nannies © 2026 Telemundo International Studios, LLC. All rights reserved.
Et puis il y a une curiosité venue de Colombie, Dear Killer Nannies, adaptée des mémoires du fils de Pablo Escobar. Il raconte son enfance dans l’univers du narcotrafic : une vie de luxe, entourée de baby-sitters qui étaient aussi des tueurs. La série montre comment la vision d’un enfant se confronte progressivement à la réalité en grandissant.
Nous avons deux séries québécoises dans la sélection. Les Québécois sont vraiment très forts en ce moment!
La série de clôture s’appelle Vitrerie Joyal. C’est une comédie familiale très drôle et très touchante, inspirée de l’histoire personnelle de l’humoriste Martin Matte, qui y interprète son propre père. L’histoire se déroule dans les années 1970 autour d’une entreprise familiale de vitrerie.
Et on retrouve Florence Longpré dans un rôle secondaire absolument savoureux.

Kingston Fall©Marlene Gelineau Payette
Il y a aussi une autre série québécoise, beaucoup plus absurde, qui s’appelle Bienvenue à Kingston Falls. C’est une sorte de polar décalé, dans l’esprit des frères Coen, avec une intrigue qui démarre par la découverte d’un cadavre enterré dans un champ… dont seules les fesses dépassent.

THE TESTAMENTS©disney
Parfois, cela peut faire froid dans le dos. Nous recevons cette année Russell T Davies, qui avec Years and Years avait anticipé certaines évolutions politiques que nous voyons aujourd’hui.
Les séries ont parfois une capacité d’anticipation assez troublante.

THE BEST IMMIGRANT©Toon Aerts-51
Quand des pouvoirs autoritaires s’installent, l’une des premières victimes est souvent l’étranger. C’est ce que raconte la série belge The Best Immigrant, qui imagine un pouvoir totalitaire décidant d’expulser tous ceux qui ne sont pas nés dans le pays.
Et l’autre victime collatérale, presque systématique, ce sont les femmes. C’est évidemment ce que raconte The Handmaid’s Tale, et ce que poursuit The Testaments.
Plusieurs séries de la sélection interrogent directement les régimes autoritaires ou les fragilités démocratiques.
Anatomie d’un instant en fait partie, puisqu’elle montre comment une démocratie peut être menacée peu de temps après sa naissance.
Il y a aussi une série flamande qui s’appelle Bring, située pendant l’occupation nazie en Belgique. Elle pose une question très complexe : où se situe la frontière entre collaboration et résistance, notamment lorsqu’on tente de résister de l’intérieur ?
Mais il y a également des séries plus lumineuses. Certaines parlent beaucoup d’amour, de famille, de relations.

BABIES©BBC
Une série anglaise, Babies, explore le désir d’enfant et les épreuves que traverse un couple. Une série polonaise, Proud, suit un jeune homme homosexuel qui hérite soudainement de la responsabilité d’un bébé. Cela transforme complètement son rapport aux autres.
On voit de plus en plus de séries qui se concluent par des films. C’est parfois une manière d’offrir une vraie fin lorsque la série s’arrête.
Dans le cas de Peaky Blinders, c’est clairement la conclusion d’une grande saga. Netflix nous a proposé une projection exceptionnelle sur grand écran. Ce sera la seule en France!
Nous avons donc choisi d’organiser une grande séance au Nouveau Siècle, sous forme de « watch party ». C’est aussi une façon de célébrer la série avec son public!

Peaky_Blinders_The_Immortal_Man©Netflix
Je dirais que c’est l’Europe dans son ensemble!
Les États-Unis continuent bien sûr à produire de grandes séries, mais on y voit aujourd’hui davantage de franchises, de suites ou d’adaptations.
En Europe, on découvre beaucoup de projets très inventifs. Cette année par exemple, nous avons trois séries belges dans la sélection. La Pologne nous a aussi surpris avec deux séries très intéressantes.
Les pays nordiques restent évidemment très solides, et le Royaume-Uni demeure une immense nation de séries, avec des acteurs extraordinaires et une tradition d’écriture très forte.

ETTY©Anne Wilk, MarkdeBlok,Reiner Bajo,MartijnVanBroekhuizen
Nous sommes très heureux de voir revenir des auteurs qui ont marqué l’histoire du festival!
Hagai Levi a toujours eu cette capacité à créer des récits très singuliers, que ce soit en Israël ou aux États-Unis. Avec Etty, il propose quelque chose d’assez étonnant.
La série s’inspire des carnets d’Etty Hillesum, mais elle se déroule dans un Amsterdam contemporain, sans chercher à reconstituer l’époque. Les personnages portent des uniformes militaires, mais la ville reste celle d’aujourd’hui.
Cela crée un effet très troublant, presque vertigineux, parce que l’histoire du passé se confronte directement à notre regard présent.
Sans hésiter : Six Feet Under !
C’est ma série préférée, et elle possède l’un des plus beaux finals de l’histoire des séries. La fin montre le destin de tous les personnages jusqu’à leur mort.
Dans un contexte de fin du monde, ce serait une série assez appropriée! ( Il rit )
Séries Mania
Festival international des séries
Dates
20 — 27 mars 2026
Lieu
Lille, Hauts-de-France
Principaux lieux du festival
Le Nouveau Siècle
Le Tripostal
L’UGC Ciné Cité Lille
Le Village Festival (gare Saint Sauveur)
Au programme
Avant-premières mondiales et internationales, compétitions de séries, rencontres avec les équipes artistiques, masterclasses, conférences et événements ouverts au public.
Accès
La majorité des projections et rencontres sont gratuites sur réservation.
Site officiel
https://seriesmania.com/
Crédits photos
Frederic Lavigne ©GiulianoOttaviani