Concert très attendu : le public averti de la Maroquinerie, envoûté par son premier album sorti il y a maintenant un an, voulait vérifier si elle saurait lui donner une dimension supplémentaire. Il a été récompensé au-delà de ses attentes. La scène est un exercice de vérité, où l’artiste doit montrer sa vraie nature ; Flora, habillée en Arlequin, n’a pas mis de masque.
Même si les sondages présentent les Français comme pessimistes, il semble que les nombreux étrangers qui s’installent dans notre beau pays ne le ressentent pas. Les artistes, et pas seulement les Américains buveurs de café, semblent y trouver un climat propice à l’éclosion de leur inspiration. Flora a fait ce choix il y a près de dix ans. Originaire de Londres, elle a d’abord poursuivi son premier métier de traductrice, où elle jouait déjà avec les mots, avant d’épouser la carrière d’autrice-compositrice-interprète, pour notre plus grand plaisir.
Le style musical s’est imposé de lui-même, sous l’influence de son père, chanteur folk qui lui mit une guitare entre les mains dès l’âge de 13 ans. Entre la musique traditionnelle qu’il lui inculqua et celle qu’elle découvrit par elle-même, elle forgea sa propre empreinte, remarquée dès son premier EP, sorti en 2019, « The Absentee ».
Installée à Paris, elle se mit au travail avec le producteur-guitariste Victor Claass et sortit deux nouveaux EP, avant son premier album, « Swirl », rapidement plébiscité tant par la critique que par le public, des deux côtés du Channel.
Elle entre sur scène sobrement, prend calmement sa guitare et entame « Remote Becoming Holy ». Sa voix grave et soyeuse emplit immédiatement la salle, entrelacée aux sons de la pedal-steel, qui ajoute une sonorité country.
Le groupe est là pour la mettre en valeur, et remplit parfaitement sa tâche. Outre Victor Claass à la guitare, Nils Sørensen tient la basse, Vincent Pedretti est à la batterie, Stew Crookes à la pedal steel, et Ben Lanz au trombone et aux claviers. Même si, en dehors de Victor, ils n’ont pas participé à l’enregistrement de l’album, on sent une parfaite cohésion au service de la musique.
Flora crée un contact détendu avec le public, tantôt en anglais, tantôt en français sans le moindre accent, le gratifiant d’un sourire souvent énigmatique.
Elle enchaîne avec « Auto Icon », morceau d’ouverture de l’album, qui nous entraîne dans une ambiance proche de SABLE, fABLE de BON IVER. C’est gai et ça lui va très bien. Elle nous montre déjà qu’elle ne veut pas être étiquetée « chanteuse folk ». Comme ses pairs, Bob Dylan, Joni Mitchell ou Leonard Cohen, elle veut explorer des styles musicaux, sans pour autant égarer ses fans.
Cette démarche apparaît dans les nouveaux morceaux qu’elle nous offre : « Bowling Ball », « Deltaplane », « Mammoth », « Perfect Ripple » et « Shelley ». L’aventure musicale est encore plus prononcée lorsqu’elle introduit Hanna Miette qui s’installe à la batterie pour interpréter « Wormhole », issu son EP, où elle a écrit les paroles et chante.
Mais le folk n’est jamais très loin, et le public réagit à chaque reprise de sa guitare. Elle interprète « The Taylor and the Mouse », chanson traditionnelle enfantine rendue célèbre par Shirley Collins, ce qui lui donne l’occasion d’évoquer la forte relation musicale qu’elle entretient avec son père.
Le concert se clôt, comme l’album, par « Ticket », magnifique chanson qui permet à l’ombre de Leonard Cohen de planer au-dessus de la salle.
En rappel, elle nous offre « Baby » et « Lucky You », qui met encore plus en valeur sa complicité avec Victor Claass à la guitare.
Après une éclipse au début du siècle, la musique folk se réaffirme comme un style majeur. Elle a évolué, portée par des artistes qui lui ont donné une couleur nouvelle, qui plaît à un public sans cesse plus nombreux. Flora Hibberd, riche d’une éducation musicale solide, maîtrise parfaitement ce renouveau et nous sert une composition profonde, fraîche et sans frontières. Les nouveaux morceaux, dont elle nous a donné la primeur, laissent présager que son nouvel album mettra encore plus en valeur cette personnalité attachante et surprenante.
Photo: YB
Remerciements: William Piel
Concernant l’album à exiger à votre disquaire indépendant favori, vous avez le choix: