Du 12 au 14 juin, Lille célèbre le Piano dans sa diversité : avec une part belle réservée aux musiques du monde et même au jazz, cette année. Fabio Sinacori, directeur de la programmation de l’orchestre, dévoile les coulisses d’un Lille Piano(s) Festival très attendu, pluridisciplinaire et nomade, qui résonne d’autant plus fort que l’Orchestre célèbre ses 50 ans.
Je ne suis pas pianiste, je suis violoncelliste. J’ai fait du piano pendant trois ans au Conservatoire de Rome, il y a très longtemps. Mais j’adore cet instrument pour plusieurs raisons. La première, c’est que c’est un petit orchestre à lui tout seul : mélanger l’harmonique au mélodique, je trouve ça extraordinaire. J’aime aussi l’évolution de l’instrument — l’Orchestre vient d’ailleurs d’acheter un tout nouveau Steinway il y a deux ans. Et quand on voit la programmation du festival, on trouve un peu de tout : des clavecins, des orgues, différents types d’instruments percussifs… Depuis environ sept ans et demi que je suis ici, à l’Orchestre National de Lille, mon rapport au piano s’est renforcé, car c’était la première fois que je m’occupais de la programmation d’un festival entier autour de cet instrument. C’est un peu « l’empereur » des instruments ! Dans toutes les grandes saisons de concerts, c’est celui qu’on joue le plus. Le répertoire est gigantesque, et comme le répertoire est plus grand, on joue plus de musique.
Je crois que c’est la première fois depuis que je suis là que le directeur musical s’investit vraiment dans la programmation. Cette année porte vraiment sa signature. À part le Rhapsody in Blue de Gershwin, œuvre iconique, il a choisi les deux autres œuvres de façon très spécifique. Même s’il habite Londres depuis quelques années, Josh est très américain — il adore les racines de la musique américaine, les Negro Spirituals… On a déjà beaucoup programmé des œuvres des années 1930-1940 cette saison, et il le fera régulièrement. À côté de ça, on a également prévu des œuvres du grand répertoire symphonique allemand, français… J’ai aussi demandé à pas mal de solistes d’intégrer cette fibre américaine dans leurs programmes. Il y aura du Glass, du Feldman — beaucoup de compositeurs américains essaimés dans le répertoire de différents pianistes.
Oui, c’est un musicien jazz et un pianiste extraordinaire. Il vient avec son trio jouer le Rhapsody in Blue avec l’orchestre, alors qu’en principe ce morceau se joue simplement au piano. Ce sera une version un peu particulière, avec une cadence au milieu, et le morceau sera plus long que d’habitude. La pièce a été créée il y a deux ou trois ans, et j’ai trouvé ça extraordinaire. C’est une œuvre solaire — de nos jours, ça fait du bien d’avoir des ondes positives ! Souvent, en musique classique, les morceaux sont tristes, tragiques, mélancoliques… Là non, c’est rythmique et dansant, on a la banane quand on écoute ça, et ça fait du bien.
Je ne sais pas si l’absence d’auditorium rend le festival plus libre, mais je l’espère. Le concert d’ouverture aura lieu au Casino Barrière, dans une grande salle de plus de 1 200 places. Il y a le Conservatoire, qui est devenu pour moi un vrai temple de la musique classique, avec une petite salle magnifique de 250 places. On aura trois espaces à la CCI : le grand hall d’entrée, la salle Descamps en bas, et la salle des séances à l’étage. Deux concerts à la cathédrale de la Treille, un concert exceptionnel à l’Aéronef, et comme tous les ans, des concerts dans les deux salles de Saint-Sauveur.
Quand on présente un festival comme celui-là, il faut un peu de tout. Des découvertes, mais aussi des « poids lourds » capables de capter l’attention. Depuis le début, le festival essaie de ne pas se polariser autour du seul piano classique, mais d’aller au-delà des frontières, des styles et des esthétiques : jazz, musiques du monde, musiques traditionnelles… Il y a bien sûr des grands noms, comme Vanessa Wagner. Comme elle joue du Philip Glass, on a décidé de la placer dans le grand hall de la CCI pour profiter de la résonance du lieu. On perd un peu en netteté, mais on gagne en rondeur du son. Il y aura des transats où les gens pourront s’allonger et se laisser porter par la musique de Glass.
Oui, je m’étais fait une liste de coups de cœur — c’est toujours difficile de choisir ! Cette année, outre Vanessa Wagner, il y a une jeune pianiste turque, Büşra Kayıkçı, qui mélange musique traditionnelle et électronique. Je suis allé l’écouter à Bruxelles, elle m’a vraiment ému. Il y a aussi un quatuor de jazz avec Clélya Abraham, qui a une voix de contre-alto grave et timbrée que j’ai beaucoup aimée. Et deux projets très classiques : le pianiste ukrainien Vadym Kholodenko, qui jouera la Symphonie Fantastique de Berlioz au piano, et un autre jeune pianiste extraordinaire, Arsenii Mun, avec du Glass, du Brahms et du Chopin. Pour finir ma liste, il y aura aussi une chanteuse et flûtiste palestinienne, Naï Barghouti, accompagnée d’un quartet de musiciens venus de toute l’Europe pour jouer de la musique palestinienne et arabe, ainsi que ses propres compositions. Elle a quelque chose de magnétique quand elle chante ou qu’elle joue de la flûte.
Deux projets sont accessibles à tous. Le premier, le samedi 13 juin, avec Sabine Quindou — connue pour C’est pas sorcier ! — et Simon Zaoui, qui viendront parler du piano et de son histoire. Le second, le dimanche 14, c’est une projection du film Azur et Asmar, avec l’Orchestre de Picardie dirigé par Nicolas Simon qui jouera pour l’occasion.
Choisir, c’est grandir ! Je trouve toujours bien qu’à la fin du festival, des gens soient un peu frustrés — ça leur donne envie de revenir. Quand on programme près de 40 projets sur deux jours et demi, c’est inévitable. Mais chacun peut vraiment faire son menu. On a essayé de laisser des plages libres pour naviguer entre les différentes scènes.
Ouverture de la billetterie le 17 mars !
visuels (c) affiche et Ugo Ponte