Cette semaine, nous nous sommes toutes les deux interréssées à la questions des idoles dans nos espaces culturels
Le braquage de Theodora aux Victoires de la musique nous rappelle que les idoles se succèdent. À chaque génération, ses modèles, et parfois elles s’entremêlent. Dalida et Barbara ne meurent pas, voilà peut-être ce que les idoles ont en commun : elles ne meurent jamais vraiment. Christophe Honoré en a même fait un spectacle, comme pour rappeler que les figures qui nous traversent continuent de hanter nos imaginaires longtemps après leur disparition.
Elles viennent de divers espaces publics : la scène, les écrans, mais aussi les médias et les institutions. Il en va ainsi de Simone Veil, de plus en plus idole, au Panthéon bien sûr, mais aussi en graph signés C215 sur les boîtes aux lettres, au point qu’on découvre des icônes dans toute sa fratrie
Elles naissent souvent sans qu’on s’en rende compte. D’abord silhouettes marginales, voix périphériques, elles deviennent en quelques années des institutions. Mais est-ce si net ? Rien n’est moins sûr. Les idoles des un·e·s restent parfois parfaitement inconnues pour d’autres, dessinant des cartographies affectives fragmentées. La DJ et productrice Arca, marchant dans les pas de SOPHIE, s’impose comme nouvelle diva de l’électro expérimentale, tandis qu’au théâtre Lorraine de Sagazan est devenue une figure capable de produire des images aussi puissantes que celles de ses propres idoles – Castellucci ou Marina Abramović – il y a vingt ans. Au cinéma, la fausse retraite de Xavier Dolan amuse ou agace, mais ne laisse personne indifférent. Timothée Chalamet, qu’on a parfois pris pour une coquille vide de hit boy, fait briller Marty Supreme et le couple Margot Robbie / Jacob Elordi relance la hype de Brontë (lire notre critique de Hurlevent). Et c’est peut-être cela aussi qui caractérise l’idole : en même temps qu’elle fascine, elle fait débat, elle divise, elle oblige à prendre position. Ce sera sûrement le cas avec le biopic très attendu consacré à Michael Jackson, qui essaiera peut-être de comprendre une icône insaisissable tout en la réinventant pour une nouvelle génération. Car l’idole n’est jamais figée, se transmet et déforme à la fois. Elle s’immisce partout, en témoigne la présence des chansons de Madonna ou de Lady Gaga sur la glace du patinage artistique. L’idole circule entre les scènes, les écrans et les disciplines. Et sa fonction est toujours la même : une sensation que ces mots ont été écrits pour vous, que ces images ont été filmées pour vous, rien que pour vous.
Amélie et Yaël
Visuel : Theodora