Poursuivre, sa vie durant, l’éternel objectif d’obtenir l’admiration du père… Même et aussi quand ce père est loin d’être un mode ou une statue du commandeur? En ce moment, les papas sont partout et les adultes exposent une des facettes de leur enfant intérieur dans les salles et sur nos écrans. De papa admirable à papa écrasant, de papa absent à papa salaud. Comment faire pour survivre, vivre, avec son père… A part le tuer, la culture nous offre plusieurs nuances de liens parfaitement mis en lumière.
A commencer par celle des « Rayons et des ombres» de Xavier Giannoli, qui met en scène dans une immense fresque le narration de la jeune comédienne Corinne Luchaire pour comprendre pourquoi son père, le journaliste et collaborationniste Jean Luchaire, a été fusillé au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Cinéma toujours, sous le regard d’un Big Brother à peine nommé entre les pointillés des discours, Hollywood a primé pas mal de films qui mettaient en avant la paternité : celle d’un Brad Pitt assez faiblard dans Une bataille après l’autre, celle qui traverse tous les films de Benicio del Toro et passe par la création pure dans Frankenstein, ainsi que la sublimation de la perte d’un fils par son père pour Hamnet.
Sur les planches aussi les darons se pavanent. Le très beau texte de Xavier Le Clerc, Un homme sans titre, témoigne que même en coupant les liens et en changeant de nom, on vit peut-être toujours sous l’oeil du père.
Dans « Miss camping », Laureline Le Bris-Cep “tue” son père harceleur sexuel, tout en essayant de lui conserver une place dans son coeur
Cet été, au Off d’Avignon à la Factory (à 10h), Charles Van De Vyver offrira son conte presque médiéval pour réparer la violence d’un père absent et machiste qu’il tente de réhabiliter enver et contre tout
L’éternel retour du père, malgré et avec les tentatives culturelles de venir à bout des carcans du paternalisme nous permettent de suturer cette newsletter par un texte écrit en 1960 par la poétesse américaine sur son père et qui s’intitule « daddy »: « Papa, j’ai dû te tuer. / Tu es mort avant que j’en ai eu le temps / Lourd comme marbre, un sac débordant de Dieu / grand comme un phoque de Frisco. »
Une bonne semaine à vous, à l’ombre des papas aux tempes grisonnantes,
Amélie et Yaël
Visuel : ©Warner Bros Picture