Alors que, comme chaque année, nous nous demandions s’il fallait ou non faire du 8 mars une seule journée dédiée aux femmes, la guerre a éclaté. Et nous ne pouvons détourner nos pensées des femmes iraniennes à qui nous voulons dédier cette journée internationale des droits des femmes.
Yaël, Kenza, Hanna & Amélie
D’un côté, avec la mort du guide suprême Ali Khamenei, nous espérons un changement de régime, de fin des massacres impunis, de triomphe d’un monde où Mahsa Amini ne serait pas assassinée (tuée dans les rues de Téhéran pour avoir mal porté son voile en 2022), et où, au Kurdistan, en Iran et dans toute la région, les femmes, la paix et la liberté pourraient triompher.
Alors oui, côté culture, même en entendant que l’on cherche à remplacer le « Guide suprême » par un autre ayatollah, et même si le bilan est terrifiant : des centaines de morts sous les bombes, à Téhéran, partout en Iran, à Beyrouth et aussi, en riposte, en Israël et jusqu’aux Émirats, nous sommes pris.e.s en étau entre ce fol espoir que les lionnes de la liberté soient aussi des guerrières de la paix.
À la rédaction, nous nous mettons simplement à l’unisson du monde de la culture en dédiant ce 8 mars aux femmes iraniennes. Nous regardons vers les pelouses de la Coupe d’Asie, où l’équipe nationale féminine de football a refusé de chanter l’hymne national avant un match, et, grâce à notre rédactrice Hanna Kay, nous allons à la rencontre de plusieurs de ces femmes, artistes et exilées, aussi bien sur les scènes de jazz qu’aux Bouffes du Nord lorsque la merveilleuse Mina Kavani rend hommage à la poétesse iranienne Forough Farrokhzâd, symbole de l’émancipation des femmes, ou dans des cafés parisiens.
Même si les César n’ont pas primé Un simple accident, la prise de parole de Golshifteh Farahani a été essentielle. Aux Oscars, on retrouve en compétition le documentaire iranien de Mohammadreza Eyni et Sara Khaki, Cutting Through Rocks, consacré à l’émancipation des femmes. Sans oublier le festival Regard d’Iran, qui, pour sa quatrième édition du 17 au 19 avril, mettra également en lumière ces voix en exil, notamment à travers le documentaire de Kaveh Radfar retraçant le parcours de Vida Zare, une artiste peintre qui, loin de son pays d’origine, cherche à s’exprimer à travers son art.
À la Seine Musicale, le 1er avril prochain, vous pourrez entendre Le Printemps du jazz persan, hommage au jazz persan, et à ces chanteuses de jazz qui, si courageusement malgré l’interdiction d’un régime tyrannique, continuent de faire entendre leur voix. Pour cette édition, la talentueuse Golsa sera présente (elle avait beaucoup ému le public lors de la dernière édition) ou la chanteuse afghane Ghawgha ayant vécu en Iran, ainsi que plein d’autres surprises.
Côté danse, du 18 au 29 mars au théâtre Silvia Monfort, la création Moi, elles de Wang Jing fait entendre les voix de femmes venues de Chine, d’Iran, du Mali et de France. À travers musique live, théâtre et mouvement, le spectacle tisse une fresque intime où les destins individuels résonnent avec les fractures de l’histoire.
Côté théâtre, la pièce 4 211 km, écrite et mise en scène par Aïla Navidi, est de retour sur la scène du Studio Marigny depuis le 4 février, après avoir remporté deux Molières. À travers le récit de Yalda, née à Paris de parents iraniens exilés après la révolution, le spectacle raconte la distance précise de 4 211 kilomètres, qui sépare Paris de Téhéran et les vies qu’elle traverse. La pièce fait résonner avec force l’histoire de l’exil iranien.
Et enfin, parce que la langue berce nos vies et nos espoirs, notre Printemps des Poètes, dont la marraine est cette année Isabelle Adjani, s’ouvrira le 8 mars par une lecture exceptionnelle au Théâtre de l’Atelier intitulée « Courage, Liberté, Iran ».
Ainsi, ce 8 mars 2026 est, plus que jamais, l’occasion de marquer et de célébrer une journée internationale des droits des femmes où le monde de la culture puisse regarder vers celles qui, en Iran, se battent pour la liberté.
« Le soleil était mort, Et personne ne savait, Que le nom de cet oiseau triste, Était la foi qui avait quitté les cœurs », Forough Farrokhzâd, 1964. Alors gardons foi en les femmes, et en ce combat pour la liberté.
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