Le 20 et 21 septembre prochains aura lieu l’édition 2025 des journées européennes du patrimoine, l’occasion de célébrer grâce à de nombreux événements le patrimoine français partout dans l’hexagone. En parallèle, l’association HF organise les journées du matrimoine.
Mises en place en 1984, les journées du patrimoine permettent la découverte des édifices et lieux exceptionnellement ouverts au public, en s’inscrivant dans une démarche de redécouverte des biens matériels ou immatériels à l’importance artistique ou historique. Le patrimoine renvoie traditionnellement aux biens hérités par le père alors que le matrimoine de manière antagoniste aux biens hérités par la mère.
Aujourd’hui alors que la notion de matrimoine est tombée en désuétude, le patrimoine c’est l’idée d’un héritage légué par les générations passées à transmettre aux générations futures. On l’envisage comme un bien commun ou un héritage national.
Or, depuis plusieurs années, c’est l’utilisation du terme qui est remise en cause, au profit du matrimoine. En 2002, l’ethnologue Ellen Hertz suggérait déjà que « l’élargissement du champ sémantique de patrimoine ne fut possible qu’à la condition d’une diminution concomitante de celui de matrimoine ». Au-delà d’une querelle sémantique, la notion de matrimoine s’inscrit dans une démarche militante visant à revaloriser l’héritage culturel des femmes, que le terme patrimoine tend à invisibiliser. Elle invite alors à la reconstruction d’une “contre-histoire des musées et du patrimoine du point de vue des dominés et des vaincus”, d’après Charlotte Foucher-Zarmanian et Arnaud Bertinet qui étudient la question des musées au prisme du genre.
En 1971, l’historienne de l’art américaine Linda Nochlin pointait du doigt de manière provocante : « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? » Dans son essai eponyme, elle mettait en avant l’invisibilisation des femmes architectes, sculptrices, peintres, compositrices, poètes, dramaturges et plus encore. L’histoire de l’art, comme les autres disciplines, ne (re)connaît et n’enseigne que trop peu d’artistes femmes. Des carrières occultées, comme si elles étaient moins nombreuses ou importantes, alors qu’elles ont davantage été sujettes à une forme de marginalisation par l’histoire, rendue possible en partie par le vocable utilisé par l’histoire.
Ce sont les travaux de l’artiste et chercheuse Aurore Evain, notamment sur le patrimoine théâtral, qui ont mis en avant la nécessité de journées du matrimoine. En 2015, l’association HF Île-de-France met en place les premières journées du matrimoine, en écho direct à la version nationale. L’objectif est de faire émerger une prise de conscience de l’étendue de l’héritage féminin, pour rendre à nouveau visibles les œuvres oubliées des femmes du passé. Revaloriser le matrimoine culturel, c’est pour l’association HF rendre visibles les existences passées sous silence. Pour que le masculin ne l’emporte pas toujours sur le féminin, créer un matrimoine commun, c’est créer une «chambre à soi» pour rendre visibles les œuvres oubliées et mieux les intégrer à un héritage global, aujourd’hui réduit par la notion de patrimoine.
En France, le ministère de la Culture, au travers du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, estime que l’importance du matrimoine est minimisée malgré son importance en tant que bien public et commun. Une notion qui peine toutefois à s’imposer dans le langage courant et l’opinion publique, et qui se développe plus que timidement dans les politiques culturelles. À ce propos, le Mouvement HF rappelle que la reconnaissance du matrimoine au même titre que le patrimoine, par son inscription dans les programmes scolaires et universitaires est l’une des 15 mesures exigées par le plan de déconfinement anti-sexiste du collectif Ensemble Contre le Sexisme. Le mouvement lance d’ailleurs une pétition et demande que le matrimoine fasse pleinement et définitivement partie de la politique culturelle française.
Programme des journées du matrimoine, partout en France du 19 au 21 septembre 2025. : www.lematrimoine.fr/les-journees-du-matrimoine/
Carte interactive carte interactive du matrimoine parisien, créer par des étudiants de l’Ecole du Louvre en 2019 : https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/le-matrimoine-parisien_273260#13/48.8592/2.3429
Crédits photo © : HF Ile-de-France – Affiche officielle édition 2025