Alors qu’il vit aujourd’hui entre Paris et Berlin, l’écrivain Pedro Kadivar revient sur l’année de ses quinze ans, celle qui mène à son départ de Chiraz, en Iran.
La guerre actuelle en Iran reconduit l’écrivain Pedro Kadivar dans sa ville natale de Chiraz en 1982, l’année qui mène à l’interdiction du Parti communiste iranien, le Tudeh, et au massacre de ses membres. C’est le moment où les dernières illusions sur la Révolution islamique tombent. Tout se passe sous le non-regard du visage massacré d’un camarade de lycée. Ce dernier s’est engagé contre l’Irak, est mort un mois après, et la photo a passé l’année affichée dans le hall de l’établissement. Le narrateur raconte comment, dans sa famille, sa sœur a été rayée de la carte pour s’être enfuie avec celui qu’elle aimait et comment son frère engagé communiste et lui-même, sympathisant, vivent une année terrible où l’étau se resserre…
La force du texte, à la fois simple et sensible, de Pedro Kanvar repose sur son rythme très efficace : quatre saisons, dont sa favorite est l’automne, qui structurent le livre en parties courtes et denses. Mais aussi dans la somme des références qui le constituent et qu’il a emportées avec lui en exil : Le Roi Lear, Oblomov, Van Gogh, Cézanne et Mondrian, alors même qu’il peint. Ces références et ces grands artistes internationaux avec qui il dialogue permettent d’échapper au regard du camarade sacrifié et aux prières gênées avec le frère de ce dernier. Quarante ans après, les souvenirs sont intacts et viennent parfois teinter la neige de Berlin.
Pedro Kadivar, Dernière année au pays natal, Gallimard, collection blanche, 160 p., sortie le 09/04/2026, 19 euros.
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