Maroco-suédois d’origine, folk songwriter, guitariste instinctif, David-Ivar Herman Dune reçoit cult news dans sa loge du Cabaret Sauvage autour d’un café du Guatemala fraîchement moulu. En 18 albums, il a tracé un chemin singulier, de la new folk à l’Amérique profonde, de Dylan à Amy Winehouse. Portrait d’un homme fidèle à une seule passion : la chanson.
David: C’est mes deux origines. Je suis juif suédois. C’est dur de voir ce qui n’a pas d’influence dans ce qu’on est dans sa musique, c’est sûr. Mon père a des origines juives marocaines, donc j’aime beaucoup la musique traditionnelle juive marocaine. Ca m’a influencé, peut-être dans la façon de battre le rythme à la guitare, des trucs un peu typiques. Et du côté suédois, c’est une culture très proche de la culture rurale américaine, ils écoutent beaucoup de country. Moi j’ai toujours adoré ça. J’y avais pas pensé avant, mais je pense que ça a un rapport.
David: Ouais, on joue beaucoup de musique chez moi. Avec mon frère, les cinq premières années d’Herman Dune, on était vraiment en tournée toujours ensemble. Ma sœur a chanté sur quelques disques. Mon père, je l’adore, je l’ai invité plusieurs fois, mais on n’a pas vraiment travaillé ensemble. C’est une famille où la musique est très présente, c’est sûr.
David: Je n’ai jamais été intéressé par d’autres musiques pour en faire. J’écoute plein de trucs, j’écoute beaucoup de jazz, j’écoutais ce matin encore un super album de Paul Desmond et Gerry Mulligan quartet. Mais moi, ce que j’aime, c’est chanter des chansons avec une guitare. J’ai toujours aimé ça. C’est ma passion. Pratiquement pas de guitare électrique. Dans mes albums, il y a plein d’instruments, des violons, des cuivres, mais ce que je sais faire, c’est les chansons.
David: J’ai toujours été fan de Bob Dylan, depuis que je suis petit. C’était mon héros et ça l’est toujours. Il y en a eu d’autres après, Leonard Cohen, John Prine, mais la constante dans ma vie, depuis aussi longtemps que je me souvienne, c’est Dylan. Je l’adore.
David: À cette époque, j’étais DJ aussi et je passais beaucoup de soul et de pop des années 60, notamment des girl groups comme les Shirelles ou les Ronettes. À force de passer ces disques, je me suis dit : il n’y a pas de raison que je ne puisse pas incorporer aussi des mélodies dans mes chansons. Phil Spector, j’adore. C’est Not on Top l’album où j’ai voulu prendre les choses en main, c’est là où je pense que je suis devenu adulte artistiquement. Je l’ai enregistré en mono sur bande, j’ai tout fait, production, mixage, chœurs. J’avais une vision très claire. Ça reste un de mes albums préférés.
David: Exactement. Giant, c’est Not on Top avec des moyens. Not on Top avait reçu de bonnes félicitations dans mon milieu, ce qui fait qu’on m’a fait confiance pour l’album suivant. Ce que je voulais, c’était Giant, les mêmes intentions mais avec des arrangements de cuivres, plus d’orchestration.
David: Non, j’aime pas me dire ça. Ce n’est pas ça. C’est bizarre mais plusieurs choses ont convergé en même temps. À l’époque où mon frère est parti, on a commencé à me faire confiance en musique, j’ai eu plus de liberté créative. Mais surtout, j’ai rencontré ma compagne, qui est devenue ma femme, et j’ai commencé à vivre aux États-Unis. C’est plus ça, le vrai changement. Et elle, c’est une femme qui a des goûts musicaux extraordinaires. C’est elle qui m’a fait découvrir Amy Winehouse, qui m’a complètement transformé, à une époque où j’adorais déjà Phil Spector. Ça a été énorme pour moi.
David: Énorme. Je n’avais jamais eu de producteur. On s’est rencontrés dans un café colombien en bas de chez moi. Il n’y avait plus qu’une table, la mienne. David Garza, dont j’avais entendu parler, m’a demandé s’il pouvait s’asseoir. J’étais en train de travailler sur des arrangements de violon et je n’y arrivais pas. C’est trop intellectualisé pour mes chansons qui sont vivantes et senties. Il m’a dit : « Écoute, je te trouve le bon musicien, tes chansons sont bonnes, ça ira. » Juste d’avoir quelqu’un qui vous dit « ça ira », ça m’a désintellectualisé toute l’aventure. On a passé des nuits à se jouer des morceaux, à parler de musique, à boire du vin naturel. Et l’enregistrement lui-même ? Trois jours.
Pour moi, le plus grand guitariste vivant, c’est Willie Nelson. Et ça inclut les solos et pas seulement sa rythmique. Je l’ai encore vu jouer cet été. C’est le firmament. Sinon, Dylan, Leonard Cohen, Van Morrison dont j’adore la façon qu’il a de jouer en chantant. Et dans les gens plus modernes, Marc Ribot, guitariste de Tom Waits et John Zorn. Pour le blues, Chuck Berry, c’est la base. Et Buddy Holly, Ritchie Valens, dès les années 50, pour moi, ce sont deux des plus grands guitaristes, même s’ils ne viennent pas du blues forcément.

David: Des fois j’ai le fantasme qu’on me prenne juste pour jouer de la guitare dans un combo de jazz. Parce que j’adore faire des solos et qu’en folk, finalement, il n’y a pas le temps, surtout quand on est tout seul. Avec David Garza, on faisait des soirées jazz dans un resto français, et il me laissait faire plein de solos. J’étais vraiment content. Mais bon, ce que je sais faire, et ce que j’aime faire, c’est les chansons. C’est là que je suis chez moi.
Photos: Mélodie Braka & YB
Remerciements: Quintus Kannegiesser