Cult.news a suivi la 51ème cérémonie des César. Avec Benjamin Lavernhe en maître de cérémonie et Camille Cottin en présidente, le rendez-vous du cinéma français promettait. La cérémonie s’est déroulée sans grands accrocs et s’inscrit dans la continuité de cet évènement qui semble de plus en plus être pris entre deux étaux.
Il faut le souligner, Benjamin Lavernhe a brillé en tant que maître de cérémonie. Ce n’est pas évident de rendre cette cérémonie divertissante : l’engouement tombe vite avec la fatigue quand le rendez-vous dure plus de trois heures. Néanmoins, le comédien a su apporter dynamisme et émotion. Apparemment grand fan de Jim Carrey, on le voit touché et touchant quand il parle de son admiration pour l’acteur américain, icône de son enfance. Il lui dresse ainsi un bel hommage, entre danse et reprise du gimmick du masque. Un jeu rafraichissant pour ce pensionnaire de la Comédie-Française, que le grand public a récemment plus vu dans des comédies dramatiques – En Fanfare.
La cérémonie fut l’occasion pour celles et ceux qui font tourner l’industrie de faire passer quelques messages politiques, rarement avec frontalité et toujours avec des mots bien pesés, institution et règle des une minute oblige. Emmanuel Curtil, voix française de Jim Carrey conclut son discours sur l’importance de faire doubler les versions françaises par de vrais comédiens – et non par des IA, qui envahissent le secteur du doublage.
La cérémonie a aussi permis à l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani de prononcer un très beau discours sur l’Iran et sur le meurtre de dizaines de milliers de manifestants et manifestantes par le régime… pour donner le César du meilleur scénario original à Frank Dubosc plutôt qu’à Un Simple Accident, qui d’ailleurs repart bredouille. Et ce, tandis qu’aucun vrai mot sur la situation en Palestine n’a été directement prononcé, alors que le Comité pour la Protection des Journalistes sort un rapport concluant que l’armée de l’état hébreu serait responsable de la mort des deux tiers des journalistes tués dans le monde en 2025.
Alors que les équipes de Canal+ ont eu du mal à cacher le « raciste! » et les huées lors de l’hommage à Brigitte Bardot, Laurent Laffite – césarisé meilleur acteur – prend la défense du système français et de l’intermittence du spectacle, qui lui a permis de s’ériger comme artiste reconnu aujourd’hui.
Camille Cottin, elle, défend à raison l’exception culturelle et l’importance de l’audiovisuel public dans la vie du cinéma français. Position fortement symbolique en tant que présidente de cérémonie, alors que l’audiovisuel public est de plus en plus remis en cause.
Tel est le dilemme d’une industrie qui cherche à défendre l’Art pour l’Art et à concilier son cinéma avec les réalités politiques, à une heure où le débat public s’affole, que les subventions se rétrécissent, et qu’on pointe du doigt le manque de renouvellement du cinéma français. La meilleure solution paraît donc l’humour.
Alison Wheeler brille par son intervention de presque 5 minutes où elle rigole du népotisme et tacle la conservatrice ministre de la Culture fraîchement nommée sous des airs d’ironie. Elle « crève » aussi l’abcès en invitant à séparer Benjamin de l’Abbé Pierre – alors que l’acteur avait joué dans un biopic de l’Abbé, avant les révélations – et affirme qu’il prépare un biopic sur Jack Lang.
Manu Payet, invité pour remettre le César, soulignait le fait que « chaque année c’est pareil », et qu’on aura droit à « Pio Marmaï qui pleure ». Remarque qui fait sourire, alors que Télérama sortait son dossier sur la vingtaine d’acteurs et actrices qu’on retrouve tout le temps. Et cette édition donne une fois de plus raison au propos: Léa Drucker, Valeria Bruni Tedeschi, Isabelle Huppert, Leïla Bekhti et Mélanie Thierry étaient nominées pour la meilleure actrice.
Ne vous méprenez pas, on adore voir et revoir ces visages et ces personnes qui sont vraiment talentueuses. Mais, alors que les seuls prix vraiment suivis sont ceux des meilleurs espoirs et du meilleur premier film, peut-être qu’il faudrait pousser plus loin l’autocritique.
Autocritique qui n’est pas sans faille: on se serait bien passé de la remarque d’Alexandra Lamy qui cite des villes et villages des contrées les plus lointaines pour ironiser sur une préparation de tournée à travers toute la France…
Les César, c’est bling-bling mais c’est du bon sentiment. C’est du mépris pour la province mais c’est aussi la beauté de Paris. C’est long mais c’est aussi magique. Cette cérémonie, on la regarde avec un plaisir qui devient presque coupable. C’est un peu cet ami qui te donne plein de bons conseils mais qui au final, peine à sortir de ses travers. On lui souhaite un peu de nouveau dans sa vie!
La rédaction salue à ce titre le discours de Karine Tardieu, qui avant de prononcer son discours pour le meilleur film (bravo!) se félicite que les récompenses aient été un peu plus réparties cette année. On applaudit aussi Nadia Melliti et Théodore Pellerin pour leurs César du meilleur espoir, et Pauline Loquès qui obtient le César du meilleur premier film pour Nino.
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