Le musicien mondialement reconnu Eric Serra, compositeur de la BO du Grand Bleu explore de nouveaux horizons avec son nouvel album Space projekt U.M.O, sorti le 15 janvier 2026, dans lequel il fait dialoguer musique et science. À l’occasion, Eric Serra était invité à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, le soir du 03 février, pour une table ronde avec l’astronaute Jean-François Clervoy, vétéran de trois missions spatiales avec la NASA, l’ingénieure et formatrice d’astronautes à l’ESA Laura André-Boyet et Célia Pelluet, ingénieure au CNRS et diplômée d’un doctorat en physique quantique (et comédienne !). Nous avons pu découvrir quelques extraits de l’album, ainsi qu’un clip en avant-première.
Cet album est le fruit de huit ans de travail. Eric Serra nourrit une passion pour le voyage spatial depuis l’enfance, comme de nombreux Français de la génération Apollo 11, qui ont assisté avec émotion depuis le téléviseur familial aux premiers pas de l’Homme sur la Lune. Bercé par les films de science-fiction, fasciné par les interviews de Thomas Pesquet qu’il visionne avec assiduité, il a alors l’idée de composer un album qui retracerait douze étapes marquantes de la vie d’un astronaute. Il compare les différents témoignages et propose un premier séquençage : Validé par Luca Parmitano et Thomas Pesquet, ce dernier l’invite tout de même à ajouter une étape : l’appel. Celui qui un beau matin te réveille, raconte Thomas, et tu décroches en te demandant qui cela peut bien être. Retentit alors une voix qui, après des années de sélection, demande : « Tu veux toujours être astronaute ? » Eric Serra tient sa première chanson, « Astronaut », dont nous avons pu découvrir le clip.
Eric Serra compose son album à l’ancienne, comme un voyage. Il est conçu pour s’écouter du début à la fin sans interruption, une coutume qui se perd de nos jours, regrette t-il. C’est une création très personnelle à laquelle famille et amis participent : sa cadette chante dans presque tous les morceaux de l’album, et de vieilles connaissances sont également conviées : Inva Mula, la diva bleue du Cinquième élément, accepte de prêter sa voix au projet tandis que Manu Katché, batteur à la renommée mondiale, se greffe au dernier moment en studio pour ajouter sa patte aux morceaux.

Le musicien tente de retranscrire en 14 morceaux les émotions qui ponctuent la carrière et la vie d’un astronaute. En s’identifiant à ces explorateurs surentraînés et après de nombreuses recherches, il livre une interprétation personnelle et sensorielle de l’excitation mêlée d’angoisse qui précède le départ. «My dream is on» communique, au rythme de ses basses sourdes, les pulsations du cœur sous la poitrine, le sang qui afflue aux tempes, en bref l’agitation extrême qui anime les astronautes ballotés dans le bus qui les mène à la fusée. «Soyouz night» décrit ensuite l’immersion planante dans le monde en apesanteur, juste avant l’arrivée dans la Station spatiale internationale (ISS)…
Le séjour dans l’ISS n’est pas une partie de plaisir, nous raconte Laura, et les astronautes, derrière leurs posts Instagram à en faire trépigner d’envie les fondus du voyage spatial, n’ont rien de vacanciers. Leur emploi du temps est scrupuleusement chronométré, et ils connaissent le protocole sur le bout des doigts, Laura s’en est assurée. Heureusement, les Italiens ont eu le bon goût de concevoir la cupola, qui offre une vue imprenable sur notre planète… Jean-François Clervoy en fait le témoignage : en prenant un peu de hauteur (quelques milliers de kilomètres), certaines idées naissent d’elles-mêmes dans l’esprit des astronautes émerveillés. Parmi elles : la vacuité des frontières. Et pour cause : la station fait le tour de la Terre en 1 h 30. Ajoutons à ceci la vocation internationale de l’ISS , où les rivalités entre pays sont mises de côté au profit de la coopération. Soudain, le conflit et la peur de l’Autre deviennent dérisoires. Ainsi Space projekt U.M.O a réellement une vocation éclectique : Angélique Kidjo, chanteuse et chorégraphe béninoise, et Noa, chanteuse israélo-américaine, mêlent leurs voix dans le morceau «The only home to care about» pour illustrer la trajectoire de l’ISS qui balaye l’Afrique et le Moyen-Orient en quelques minutes…
«Regardez encore ce point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous.»
Carl Sagan
Vient ensuite la conscience écologique : l’étourdissante vision de notre terre sur le fond noir du Cosmos fait indubitablement prendre conscience de sa fragilité. Dans les années 90, la Sonde voyager 1 prenait notre planète en photo à la frontière du système solaire, à quelques 9 milliards de kilomètres : le scientifique Carl Sagan faisait alors ce vertigineux constat, que l’entièreté de notre histoire, des dinosaures à aujourd’hui, tenait sur quelques pixels, dans une élocution qui a éveillé la conscience écologique d’Eric Serra, et qui a inspiré le titre du morceau «Pale blue dot». Il avait pensé composer et diffuser son morceau sur un enregistrement du discours du scientifique, mais sa famille s’y est opposée, alors le compositeur s’est adapté. « Mais moi j’ai la version chez moi avec la voix de Carl Sagan», dit-il dans un sourire.
La soirée s’achève par l’écoute de «Return to my planet», qui traduit l’épique fierté d’une mission bien remplie, la joie de retrouver ses proches, mais le déchirement de quitter la station, et la brutalité d’un retour à la normale, ponctué de désagréments physiques : nausées, le corps lourd comme le plomb… La soirée se clôture avec émotion et quelques questions sans réponse : il y a-t-il de la vie autre part que sur Terre ? Serons-nous en mesure, un jour, de voyager vers les exoplanètes ? Cela semble inconcevable pour le moment, admet Célia Pelluet au risque de décevoir les plus enjoués. Alors soulignons ingénument que là où la science ne peut nous transporter, le rêve et la musique le pourront toujours.

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Carte blanche d’Eric Serra à la Cité des sciences et de l’industrie © E Laurent-EPPDCSI