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09.10.2025 → 08.03.2026

Bel hommage à Denise Bellon au MAHJ

par Marilou Cognée
06.03.2026

L’exposition “Denise Bellon, un regard vagabond” qui se tient au MAHJ depuis octobre 2025 s’achèvera ce dimanche 8 mars, à l’occasion de la journée internationale du droit des femmes. Si vous n’avez pas encore eu le temps ou l’opportunité d’y passer, profitez des derniers jours qu’il reste pour découvrir ce bel hommage rendu à l’une des pionnières du photojournalisme.

Première rétrospective consacrée à Denise Bellon

 

Pourquoi ai-je choisi la photo ? C’est que son côté magique m’a toujours fascinée. Que l’on puisse, en appuyant sur un bouton, immobiliser le temps, cet éternel ennemi de l’homme, sa perpétuelle angoisse, enfin avoir le temps à notre merci… C’était un petit bout d’éternité… Dans cette lutte entre l’homme et le temps, l’homme était enfin un peu vainqueur.”  – Denise Bellon, 1988.

 

C’est la première fois qu’une exposition se consacre à la vie et l’œuvre de Denise Bellon, grand nom du photojournalisme, qui reste à ce jour encore trop méconnue et ignorée du grand public. Le MAHJ propose une rétrospective à la fois très large et très aboutie, qui tente de cerner la totalité de ses productions photographiques. 

 

Portrait(s) du XXe siècle

 

Denise Bellon, née Hulmann en 1902 et éteinte en 1999, traverse tout le vingtième siècle son Rolleiflex à la main. Des années 1930 où elle commence son travail de photographe jusqu’aux années 1970, elle capture dans son objectif une grande variété de sujets, dressant le portrait d’un vingtième siècle malmené par les guerres, influencé par les nouvelles prouesses de la modernité, mais aussi traversé de revendications et de luttes, de solidarité et de grands mouvements artistiques cherchant à se libérer des normes de l’époque.

 

Les premiers clichés de Denise Bellon sont consacrés à ses proches, à savoir sa famille et ses amis et collègues, les photographes Pierre Boucher et René Zuber aux côtés de qui elle fondera l’Alliance Photo en 1934. Ses premiers clichés relèvent surtout du domaine de l’intime, et il est émouvant de retrouver les portraits de ses deux filles, Loleh et Yannick, qui incarnent bien ce “petit bout d’éternité” dont parle Denise Bellon à propos de son travail de photographe. Sur ces visages qui pourraient aussi bien être ceux d’aujourd’hui, le temps ne passe pas.

 

Puis, très vite, les thématiques s’élargissent et les sujets se diversifient. 

 

A la suite de la création de l’Alliance Photo en 1934, une agence coopérative au sein de laquelle les photographes restent indépendant.es, Denise Bellon profite du développement de la presse illustrée pour réaliser des reportages pour des magazines et revues. Elle photographie les habitant.es de la Zone, bidonville aux abords de Paris, et la célébration d’un mariage gitan. Elle se rend dans les Balkans où elle forge sa pâte de photographe ; au Maroc où elle photographie le peuple berbère ; en Finlande, alors menacée d’une invasion soviétique ; dans les territoires colonisés de l’AOF,  Afrique-occidentale française, afin de documenter l’enrôlement des habitants du pays par l’armée coloniale.

 

Après la déroute française face à l’Allemagne en juin 1940, elle cache sa judéité à Lyon aux côtés de son mari, où elle réalise une série de clichés de la ville sous l’Occupation. En 1944, elle part photographier des résistants espagnols dans un maquis antifranquiste de l’Aude, et réalise également un reportage sur la maison des Eclaireurs israélites qui accueillirent des enfants juifs et orphelins de la Shoah pendant et après la guerre. Elle poursuit sa carrière de reporter sur l’île de Djerba en 1947 pour y photographier la communauté juive qui y vit.

 

Mais c’est aussi au sein même de sa ville natale que Denise Bellon exerce son métier de photographe. Au cœur de l’effervescence artistique parisienne, la photographe immortalise les plus grands artistes, poètes et écrivains de son temps d’une manière tout à fait sensible et intimiste, portant une attention particulière au groupe surréaliste. 

 

Depuis les rues animées de la ville des années 1930 jusqu’aux événements de Mai 1968, en passant par des portraits de gueules cassées de la Grande Guerre, la photographe a su de manière assez remarquable esquisser le visage de presque tout un siècle en Europe.

 

Regard vagabond et pas de côté 

 

Inspirée par le mouvement artistique de la “Nouvelle Vision” (ou Neues Sehen en allemand) qui émerge pendant l’entre-deux guerre, Denise Bellon cherche dans ses photographies à s’émanciper peu à peu des arts graphiques en recherchant ses propres angles de vision, lumières, cadrages… 

 

On retrouve dans ses photographies une certaine esthétique moderniste, et des prises de vue originales qui offrent un regard plus humain sur le sujet photographié. L’exaltation sensible de petites choses du quotidien, comme la fêlure d’une fenêtre qui se déploie comme une toile d’araignée lumineuse, ou encore un café parisien vu du dessus, révèle également l’influence du surréalisme sur son œuvre.

 

Son regard de femme joue également un rôle important dans un siècle où la photographie, tout comme le milieu des arts et du journalisme en général, reste essentiellement dominé par les hommes. Dans la série de clichés qu’elle a pu réaliser sur les prostituées, on trouve par exemple une photographie de l’une d’entre elles vue de dos, soumise au regard scrutateur et dérangeant de quatre marins. Cet angle de vue original, qui prend comme objet photographique les marins plutôt que la prostituée elle-même, permet de renverser le jeu des regards. Ceux qui observent deviennent à leur tour observés, alors que la femme est soustraite à l’œil des spectateur.ices et préservée par son anonymat. Cette perspective photographique permet par ailleurs un processus d’identification et de compassion à l’égard de la femme scrutée comme un morceau de chair fraîche, qui permet à Denise Bellon d’éviter habilement l’écueil du male gaze (regard masculin) si souvent à l’œuvre dans les appareils et caméras portés par des hommes, mais aussi par certaines femmes. Un joli pas de côté pour cette photographe au regard vagabond.

 

À voir jusqu’au 8 mars.

Visuel principal : Autoportrait de Denise Bellon / Photo, 1934