Ce dimanche 14 décembre, quinze personnes ont été tuées dans une attaque antisémite à Sydney, lors d’un rassemblement organisé pour la fête juive de Hanouka. Face à l’ignominie de cet attentat, les réactions ne se sont pas fait attendre, même dans le monde culturel.
L’Australie saigne, au lendemain de l’attentat perpétré à Sydney, sur la mythique plage de Bondi. Un père et son fils, couverts de noir, y ont ouvert le feu sur le millier de personnes rassemblées là, pendant une dizaine de minutes, faisant quinze morts ainsi qu’une quarantaine de blessés. Le haut lieu du surf et de la promenade accueillait, ce soir-là, une célébration de Hanouka, fête juive des lumières, à laquelle, d’après les autorités, environ 1 000 personnes participaient. Parmi les innocents, victimes du courroux des balles aveugles, il y a une fillette de dix ans, Matilda, morte à son arrivée à l’hôpital. Elle est la plus jeune victime de cette attaque antisémite qui a sidéré la planète entière.
Elle n’est pas la seule. Un ingénieur informatique français de 27 ans, Dan Elkayam, compte également parmi les morts, selon le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. L’organisation juive hassidique Chabad a déclaré qu’Alex Kleytman, survivant de la Shoah, avait également été tué. «Originaire d’Ukraine, il accompagnait sa femme Larisa. Il est mort en la protégeant des balles du tireur», a affirmé l’organisation dans un communiqué. En outre, 42 personnes ont été blessées et hospitalisées pendant la nuit, dont 5 dans un état critique. Parmi elles, se trouvent deux policiers blessés lors d’un échange de coups de feu avec les tireurs.
L’Australie saigne. Mais pas seulement elle, car c’est un peu du monde qui s’assombrit avec elle. Certes, c’est une véritable onde de choc dans le pays. L’attaque a été qualifiée d’acte terroriste par la police et les autorités australiennes dès dimanche soir et lundi le Premier ministre Anthony Albanese a dénoncé de nouveau un acte purement “maléfique, antisémite et terroriste”. Les termes sont pesamment choisis. Le mot surprise n’y figure pas, et ce n’est pas très étonnant : des attaques antisémites ont semé la peur chez les juifs d’Australie durant ces deux dernières années. Deux incendies volontaires ont notamment frappé un restaurant casher à Sydney en octobre 2024 puis une synagogue à Melbourne en décembre 2024. Aussi, quelques heures après l’attentat, des têtes de porc ont été jetées au pied de tombes situées dans un cimetière musulman de la banlieue de Sydney. Le fond de l’air est brun.
Les réactions dans le monde ont été nombreuses, bien sûr. Le chef de la diplomatie israélienne Gidéon Saar a exhorté son homologue australienne Penny Wong à agir fermement contre l’antisémitisme. De son côté, son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a fustigé un cancer qui se propage lorsque les dirigeants restent silencieux et n’agissent pas. Donald Trump a fustigé un attentat « purement antisémite », tandis que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré que « l’Europe se tenait aux côtés de l’Australie et des communautés juives partout dans le monde ». Aussi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président Emmanuel Macron ont fait part de leur solidarité. À l’heure actuelle, les leaders du monde entier continuent, chacun à leur tour, d’exprimer leur solidarité. En France, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé dimanche aux préfets de « renforcer la présence » des forces de l’ordre autour des lieux de culte juifs. A priori, tout sauf une mauvaise idée.
Hier soir, le célèbre opéra de Sydney était éclairé de l’image d’une menorah pour rendre hommage aux victimes. Les vidéos de ce tragique évènement se sont rapidement répandues sur les réseaux sociaux, évidemment. Et la sidération n’en a été que plus grande. Plusieurs personnalités du monde de la culture se sont exprimées à cette occasion pour communiquer leur désarroi. L’actrice israélienne Gal Gadot, notamment célèbre pour ses rôles dans Fast and Furious et Wonder Woman, a publié sur son Instagram un message très fort et plein d’espoir, affirmant que son «chagrin est immense» et que «nous devons honorer les victimes, non pas par le silence, mais en exigeant un monde où chaque vie est en sécurité et en choisissant l’empathie et l’unité par-dessus tout.»
Outre-Atlantique, se sont jointes à elle d’autres notoires, comme Mandy Moore, Rebel Wilson et d’autres. Sur X, l’humoriste et écrivain Alex Edelman a partagé une célèbre photo, prise par Rachel Posner en 1932, montrant une ménorah posée sur le rebord d’une fenêtre face au drapeau nazi. Il précise qu’au dos de cette photo, il y a une inscription en allemand : «Hanukkah 5692, Mort au peuple juif, dit la bannière. Vive le peuple juif, crie la lumière.» En effet, certaines lumières ne meurent jamais. De son côté, l’acteur Ashton Kutcher y témoigne de son affliction, en souhaitant «que cette dévastation déclenche d’une manière ou d’une autre un miracle caché, que nos yeux n’ont pas encore le mérite de voir.»
En France, des étudiants juifs de l’UEJF ont organisé une veillée de solidarité pour les victimes de l’attentat, notamment en allumant des bougies pour Hanouka et en organisant un moment de recueillement devant l’ambassade d’Australie à Paris. Un peu partout les voix du judaïsme se font entendre dans l’Hexagone. Plusieurs consistoires ont publié des messages de condoléances et d’indignation, soulignant que l’antisémitisme nourrit de telles violences. Dans une réaction postée hier sur Facebook, Delphine Horvilleur, écrivaine et rabbinne française, met en avant la symbolique de Hanouka, la fête juive de la lumière, pour faire face à l’obscurantisme. L’occasion pour elle de rappeler les paroles du chant de la fête : « Chacun est une toute petite étincelle, mais ensemble, nous sommes une gigantesque lumière. » Oui, mais il y a de quoi broyer du noir, quand même…
Visuel : capture d’écran fil Instagram de l’acteur ©Sacha Baron Cohen