C’est vraisemblablement la fin d’un processus qui aura duré presque un an. L’Algérie, par l’entremise de son président Abdelmadjid Tebboune, a gracié l’écrivain franco-algérien.
Enfin ! Cela faisait presque un an, jour pour jour, que Boualem Sansal avait été arrêté, le 16 novembre 2024. Il est aujourd’hui, officiellement, de nouveau libre. Une libération rendue possible par un montage diplomatique entre Paris, Berlin et Alger qui, cette fois, a pu aboutir. Pourtant, l’affaire n’était pas courue d’avance, en début de semaine, quand le président allemand Frank-Walter Steinmeier a demandé à son homologue algérien de le gracier. « Un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme. Il refléterait ma relation personnelle de longue date avec le président Tebboune et les bonnes relations entre nos deux pays », avait alors estimé le président allemand, dans un communiqué. Berlin a joué les intermédiaires pour dénouer la crise diplomatique qui sévissait depuis lors.
L’auteur de Haraga (2007) et 2084 : la fin du monde (2015) avait pourtant bel et bien vu sa condamnation à 5 ans de prison confirmée en appel par la justice algérienne le 1ᵉʳ juillet dernier. Son emprisonnement, il est nécessaire de le rappeler, s’était inscrit dans un contexte de forte dégradation des relations diplomatiques entre l’Algérie et la France. Beaucoup de personnalités et de politiques avaient alors dénoncé le caractère politique de cette décision de justice arbitraire. À raison : il n’avait même pas eu droit à un avocat.
Le romancier et essayiste était enfermé pour des chefs d’inculpation, pour ainsi dire, un peu douteux : « atteinte à l’unité nationale », « outrage à corps constitué », « pratiques de nature à nuire à l’économie nationale » et « détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ». On lui reprochait, entre autres, d’avoir déclaré que l’Algérie avait hérité sous la colonisation française de territoires appartenant jusque-là au Maroc.
De plus, il y avait, pour le moins, lieu de se préoccuper de l’état de santé de l’embastillé. La France, et les proches de l’écrivain se sont, à de multiples reprises, inquiétés de l’état de santé de l’octogénaire. La France et les proches de l’écrivain étaient également très inquiets de l’état de santé de l’octogénaire. « C’est un homme qui est âgé et qui est fragilisé », avait souligné le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot en mai dernier. C’est le moins que l’on puisse dire, en effet, pour parler d’une personne atteinte d’un cancer, qui s’est vu refuser, à de maintes reprises, son hospitalisation par les autorités algériennes. L’homme de lettres a tenu le choc. À voir dans quel état il reviendra.
Mais voilà, quand même, une nouvelle dont il faut se satisfaire, qu’il faut peut-être même fêter : un homme libre va, à nouveau, pouvoir user de sa liberté. Gare, cependant, à ne pas s’endormir. Le journaliste sportif Christophe Gleizes, pigiste régulier pour les magazines « So Foot » et « Society », croupit toujours dans les geôles algériennes. Il a, pour sa part, été condamné à sept ans de prison ferme. Pourquoi ? Il s’est intéressé au football local et entretient des relations avec des responsables de club en Kabylie. Comme quoi, le foot, ça peut être sérieux…