Révélé au grand public par la saison 2 de Comedy Class sur Prime Video, Antek présente actuellement Sérotonine au Bo Saint-Martin avant de partir en tournée.
J’ai découvert Antek lors de la deuxième saison de Comedy Class, le programme d’humour de Prime Video imaginé par Éric Judor et Ramzy Bedia pour mettre en lumière les nouveaux talents du stand-up français.
La première saison avait notamment permis de révéler des humoristes comme Adel Fugazi ou Elliott Doyle, et offrait un panorama assez large, parfois inégal, mais stimulant, de ce qui se faisait alors sur les scènes émergentes. Une manière efficace de prendre le pouls d’un stand-up en pleine mutation.
La saison 2, diffusée plus récemment, opérait un resserrement notable du casting. Fini les auditions tous azimuts à travers la France : ici, la sélection semblait déjà relever d’une forme de crème de la crème. Des artistes installés, aguerris, aux univers déjà bien dessinés. On pense notamment à Étienne Lautrette, Camille Fievez, Antony Giuliani, que nous avions d’ailleurs interviewé, et bien sûr Antek, qui remportera la saison.
On pourra toutefois regretter la place encore trop timide accordée aux femmes humoristes, un déséquilibre qui persiste et mérite d’être interrogé.

Comme beaucoup de spectateurs, c’est donc par Comedy Class que j’ai découvert Antek. À l’écran, il proposait des sketchs à l’univers marqué, volontiers absurde, parfois tranché, mêlant chanson, mise en scène, objets incongrus, ruptures de ton et trouvailles visuelles. Un humour construit, singulier, qui prenait des chemins de traverse et n’hésitait pas à jouer avec les codes du stand-up classique.
Naturellement, c’est cette folie douce, cette inventivité formelle, que je m’attendais à retrouver sur scène.
Sérotonine, actuellement joué au Bo Saint-Martin avant de partir en tournée, prend pourtant une autre direction. Le spectacle se déploie sur une heure, autour de grands thèmes qui ont façonné l’homme qu’est devenu Antek. On y traverse son enfance et son adolescence, avec notamment la savoureuse période Team Catho, puis son arrivée à Paris, vécue à travers le prisme d’une certaine gentillesse confrontée aux dynamiques parfois plus rudes de la capitale.
Le tout est ponctué de quelques interactions avec le public, d’un court set musical, et révèle sans peine ses talents d’acteur, d’imitateur et de chanteur.
Le public est conquis, les rires sont là, et Antek apparaît tel qu’on l’imagine volontiers, débonnaire, sympathique, précis dans ses formules, à l’aise sur scène. Mais à mesure que le spectacle avance, une sensation s’installe, celle de rester constamment dans une zone confortable.
Le rythme, très homogène, laisse peu de place aux ruptures. Le ton reste globalement le même, sans véritable respiration ni montée en tension. La mécanique de la vanne fonctionne, mais sans surprise durable. On sourit beaucoup, on rit parfois franchement, mais on ne ressent jamais ce léger malaise, cette vulnérabilité ou ce déséquilibre qui font souvent naître les rires les plus profonds.
Car le stand-up qui marque, celui qui reste, passe souvent par là : une gêne assumée, une mise en danger, une faille exposée. Pas nécessairement par le clash ou la provocation, mais par une forme de vertige. Ici, en restant sur des sujets consensuels, non clivants, Sérotonine privilégie la connivence à l’impact.
Le sentiment qui domine est celui de ne pas aller assez loin dans la vanne, de s’arrêter juste avant le point de bascule.
Et c’est sans doute là que réside la frustration, mais aussi l’intérêt, du spectacle. Car on sent, en permanence, qu’Antek a beaucoup plus sous le pied. Qu’il possède les outils, l’intelligence de jeu, la maîtrise scénique pour oser davantage. Qu’il pourrait se permettre de quitter cette douceur maîtrisée pour aller chercher quelque chose de plus risqué, de plus inconfortable, donc potentiellement plus fort.
Sérotonine est ainsi un spectacle agréable, intelligent, bien tenu. Un moment plaisant, porté par un humoriste déjà très solide. Mais lorsqu’on a vu Antek ailleurs, notamment dans Comedy Class, on ne peut s’empêcher d’espérer qu’il ose, à l’avenir, être moins sage.
Non par manque de talent, mais précisément parce qu’il en a suffisamment pour se permettre le vertige.