Du 10 mars au 3 avril, le Théâtre de Vanves lance la 28e édition de son cultissime festival, Artdanthé. À cette occasion, nous avons rencontré Anouchka Charbey qui est directrice du théâtre de Vanves depuis 2015, et Jérémy Mazeron est en charge de la danse.
La danse est présente toute l’année au Théâtre de Vanves : par des projets en diffusion avec des partenaires, par un nombre conséquent de résidences et par de nombreux projets menés avec une grande variété de publics. Cependant, Artdanthé est le moment qui met en visibilité ce travail au long cours en faveur de l’art chorégraphique et à l’émergence.
En un peu plus de trois semaines, ce sont près d’une trentaine de spectacles qui sont présentés. Nous souhaitons que ce festival soit un moment foisonnant et il est indéniablement le temps fort de notre saison, celui où le Théâtre de Vanves est le plus habité, par les artistes bien sûr, par le public et par les professionnels. Il a un goût de fête, de bouquet final, car il concrétise l’aboutissement de notre accompagnement à de nombreux projets initiés, le plus souvent, une ou deux saisons en amont.
Une autre spécificité du festival est sa dimension internationale. En musique et en théâtre, notre accompagnement est très majoritairement tourné vers la scène française. La danse, structurellement plus internationale, nous permet de faire du Théâtre de Vanves une maison plus ouverte aux artistes internationaux et, là encore, Artdanthé est le point culminant de ce travail que nous menons au quotidien.
Nous ne faisons pas de la radicalité un marqueur du festival, mais effectivement les formes que nous défendons, innovantes et souvent hybrides, performatives, peuvent être radicales dans le paysage chorégraphique actuel. Cette dimension est dans l’ADN du festival depuis sa création et elle s’est renforcée petit à petit, devenant une identité forte du projet et un axe important de nos missions d’accompagnement de la création contemporaine.
Nous n’allons jamais chercher un projet pour sa radicalité, nous y allons pour son exigence, pour son engagement politique ou sociétal, pour le risque que prennent les artistes en nous amenant vers des sujets ou des formes que nous ne pourrions imaginer. Au sein de l’équipe, et c’est aussi très certainement une caractéristique de nos spectateurs et spectatrices, nous aimons le spectacle pour sa dimension d’inconnu. Nous aimons être surpris, déplacés, dérangés parfois.
Bien sûr, nous faisons une veille permanente en voyant des centaines de spectacles et de sorties de résidence par an, mais le gros de notre travail de programmation consiste à étudier les projets que les artistes nous soumettent. Nous les dénichons, parfois, bien souvent ce sont eux qui nous dénichent car ils ont compris que notre maison est ouverte à leurs expérimentations. Et nous les en remercions et tâchons de leur rendre la confiance qu’ils nous accordent !
Après quelques longs mois d’incertitudes, le Théâtre de Vanves a, pour l’instant, la chance d’avoir été protégé des coupes violentes et abruptes qui, en ce moment, défigurent fortement le paysage du secteur culturel français et notamment le secteur chorégraphique. Nous sommes un équipement municipal en régie directe et la ville de Vanves maintient son engagement pour la culture et la jeune création, malgré la situation budgétaire complexe des collectivités territoriales. Nos autres partenaires financiers, en premier lieu la DRAC Île-de-France qui vient de renouveler notre appellation de Scène conventionnée d’intérêt national jusqu’en 2029, mais aussi la Région Île-de-France et le département des Hauts-de-Seine nous témoignent d’un soutien sans faille qui, jusqu’à présent, nous permet de poursuivre un travail ambitieux de soutien aux écritures contemporaines.
Cependant il est indéniable que le durcissement des conditions de production qui frappe actuellement le secteur chorégraphique (et culturel plus largement) et les difficultés croissantes à trouver des espaces et des temps de diffusion rendent très complexes les conditions de travail des compagnies indépendantes, avec lesquelles nous travaillons. Cette édition du festival a connu, comme cela devient malheureusement de plus en plus fréquent, des projets qui sont décalés ou qui ne se feront tout simplement pas, des trios ou quatuors qui deviennent des solos ou duos. Nos moyens, malheureusement, ne nous permettent par exemple cette année d’accueillir qu’une seule pièce avec 5 interprètes… Tout ceci, c’est très concrètement une précarité de plus en plus grande, qui n’enlève rien à l’inventivité et à la créativité des artistes, mais contre laquelle il va falloir nous battre pour continuer à mettre leurs œuvres au cœur de la rencontre avec le public, dans des conditions matérielles et humaines décentes.

En effet, la programmation du festival n’a jamais été thématisée mais bien sûr elle reflète des préoccupations actuelles qui nous permettent toujours, et souvent après-coup, de créer des ponts entre plusieurs propositions. Cette année, tout d’abord, le corps apparaît régulièrement comme une archive vivante traversée par les héritages et les mémoires : Come Back Again de Doris Uhlich (10 mars) explore la biographie corporelle de la danseuse octogénaire Suzanne Kirnbauer et sa transformation avec l’âge, Detii Daya (3 avril) offre un dialogue familial entre la toute jeune chorégraphe Kenza Kabisso et son père, tandis que dans Cat-Gut Jim (13 mars) Connor Scott convoque un ancêtre du 19e siècle pour réveiller une physicalité enfouie.
Ensuite, plusieurs pièces interrogent les identités comme des constructions mouvantes et hybrides et ce sera notamment un fil conducteur de la soirée de clôture du 3 avril : Âmes coming de Marine Colard met en scène des physicalités hybrides inspirées de la figure de la sirène, ?lat1n0 de l’argentin Juan Pablo Cámara déconstruit avec humour les stéréotypes culturels imposés aux corps latinos et, dans Ruzalka, Thjerza Balaj revisite une créature du folklore slave où désir, pouvoir et identité se métamorphosent.
Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, nous aimons les artistes qui proposent une parole engagée, une parole qui confronte les tensions contemporaines, comme peut le faire Eli Mathieu-Bustos dans Have A Safe Travel (19 mars) en partant d’une expérience de profilage racial ou Bryan Campbell qui mêle écologie et récit amoureux dans Submersion Games (26 mars). Deux artistes enfin tentent des réponses : Études pour Chevalières de Marinette Dozeville (23 mars) célèbre la sororité comme force collective et Leslie Mannès imagine dans Sous le volcan (31 mars) de nouvelles formes de coopération face au chaos du monde. Ainsi, Artdanthé compose un parcours où la danse devient à la fois lieu de mémoire, laboratoire identitaire et espace sensible d’engagement.
Depuis toujours, Artdanthé est plus qu’un lieu de diffusion de spectacles. La convivialité, tout d’abord, est au cœur de notre démarche et, en cela, il est essentiel pour nous de penser l’accueil des spectateurs et des spectatrices, et surtout leur sortie du lieu, idéalement quelques heures après la fin du spectacle, pour que la rencontre avec l’œuvre soit assortie de conversations, de rencontres avec les artistes ou entre spectateurs.
La pratique de la danse et la réflexion autour de celle-ci sont aussi présentes dans le festival. Cette année, nous avons imaginé toute une journée, le samedi 14 mars, qui met la participation au cœur : un atelier de pratique chorégraphique tout public avec Audrey Bodiguel, un second pour des duos parent-enfant avec Lorena Dozio ; un atelier d’écriture sur la danse avec les critiques et journalistes Aïnhoa Jean-Calmettes et Charlotte Imbault ; et enfin une projection de deux documentaires sur les spectacles de Betty Tchomanga et Audrey Bodiguel qui pensent la question de l’implication du public et qui sont reliés aux éditions passées d’Artdanthé.
Enfin, la fête, aussi, est un élément central de ce partage. Pour cela, nous imaginons depuis quelques éditions une soirée où diffusion de performances et fête se mélangent, dans un format qui s’étale de 22h à 3h. Cette année, rendez-vous le 3 avril pour découvrir les projets de Ludovico Paladini, Thjerza Balaj et Juan Pablo Cámara et pour danser sur la musique de Tina Tornade.
Du 10 mars au 3 avril, le Théâtre de Vanves lance la 28e édition de son cultissime festival, Artdanthé.
Informations et réservations sur le site du Théâtre de Vanves
Visuel spectacle ©Hichem Dahes
Visuel portrait : ©Arnaud Bouvier